Culture

The Walking Bass : Une nuit parmi les morts-vivants

Appeler des centaines de personnes à la transformation zombie, c’était l’ambition des organisateurs. Dans l’atmosphère d’Halloween, c’est certainement l’événement que le public techno attendait le plus. La soirée, qui s’est déroulée à guichet fermé avec plus de 3000 places vendues, se voulait dès le départ, être le point de rassemblement des tapeurs de pied à l’occasion du funestocommercial annuel.

Un stand de maquillage de masse et quelques stimulants illicites : le tour est joué. Les semi-trépassés se mêlent et s’entremêlent. La communication est primitive et les interactions bestiales. Bienvenue dans l’évènement musical le plus cadavérique que la scène électro ait à offrir. Alors que la foule semble virer vers l’état animal et entrer progressivement dans une phase de putréfaction, on peut apercevoir toutes sortes de créatures – du troll baraqué suintant à tignasse douteuse à l’elfe désagrégé, en passant par d’innombrables corps vivants (ou ce qu’il en reste) dont la nature, aussi variée soit-elle, demeure indéterminée. Comme hypnotisés par les façades sonores, très tôt il devient instinctif pour beaucoup de ces macchabées de désigner celles-ci comme unique destination. Le grouillement des corps acquiert une sorte de mouvement de masse continu vers l’avant, même si difficilement distinguable.
C’est par moments à se demander ce qu’il y a eu de plus de plus dégradant dans la mutation de la foule : soins esthétiques ? Pilules magiques ?

Halloween et ses traditionnelles ébullitions commerciales, on connaissait. Les fêtes enivrantes au nom d’un grand prétexte dont on ne se soucie guère, on connaissait. Les festivals où l’ivresse globale prend le dessus sur les normes de civilité n’ont plus rien de surprenant. Mais The Walking Bass, au-delà d’un mélange des trois, procurait un aperçu d’une ère post-apocalyptique d’un réalisme époustouflant. Grâce à ses festivaliers à la peau aussi suintante que désintégrée, avec des yeux révulsés et des mâchoires enflammées prête à déchiqueter même le plus dur morceau de chair humaine, l’immersion était à couper le souffle. L’équipe de la série The Walking Dead n’a plus qu’à s’inspirer de ces hordes de figurants déchaînés.

À la sortie, c’était par à-coups machinaux et aléatoires que ces hordes passaient les portes de la salle. Un spectacle ainsi maintenu jusqu’au bout, qui se prolongeait même au déplacement des festivaliers jusqu’à la gare la plus proche. C’est avec des regards inquiets que les membres de la civilisation encore intacte observaient l’arrivée de ces morts-vivants bariolés à l’assaut des services publics.

Peut-être l’année prochaine aurons-nous à nouveau la chance de pouvoir assister à cet incroyable évènement, où l’on jurerait se trouver parmi les zombies. En attendant, rendez-vous dans tous les festivals techno organisés d’ici-là pour pouvoir profiter de copieux aperçus de l’ambiance altération de corps humains.

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