Culture

Le meilleur du rap francophone en 2018

Cette année rap 2018 fut mouvementée, que ce soit musicalement ou non (cc Booba), mais il est maintenant temps de faire un retour dessus et de classer les meilleurs albums qui nous ont été offerts.

Avant de commencer, je précise quand même que je n’ai pas écouté Xeu de Vald, et même s’il mériterait sûrement d’être dans ce top 5, ce n’est pas le cas. Pareil pour l’album de Kekra. De plus, c’est un top des albums, donc pas de mixtape (cf Triple S de 13 Block), ni d’EP (cf La vie Augmente de Isha), ni de compilation (cf 93 Empire), ni de réédition d’album de 2017 (cf Épilogue d’Orelsan).

Les mentions honorables (les bons albums, mais qu’on n’écoutera plus du tout d’ici quelques temps, ou qu’on n’écoute déjà plus) :

Freeze Corleone – Projet Blue Beam
Damso – Lithopédion
Jazzy Bazz – Nuit
PLK – Polak

 

5 : Flynt – Ça va bien s’passer

flynt-ca-va-bien-s-passer
« En clippant « Formidable » à Pigalle, Clignancourt, Gare du Nord ou Châtelet-Les Halles
Stromae aurait passé la journée au poste, au pire il aurait pris une balle »
Dos Rond, track n°2

Honnêtement, je sais que ce choix n’est carrément pas consensuel. L’album a plein de défauts, il a fait très peu de bruit, je sais pas s’il a marché en termes de vente mais je suis sûr que c’est pas la joie. Mais c’est un top personnel, et surtout les ventes et le bruit que provoque un album n’est pas synonyme de qualité. J’ai personnellement été fortement touché par cet album. Flynt, un vieux du rap français qui a déjà un classique dans sa discographie – J’éclaire ma ville – arrive et essaie d’adopter le rap de notre époque et d’en faire son truc. D’autres ont essayé et ont raté (par exemple, Doc Gynéco, pire album de l’année, mais bon, ça se rapproche plus du zouk que du rap), lui essaie, rate à moitié sur certains sons, et brille très fortement sur d’autres. L’album commence parfaitement avec à la suite les trois meilleurs sons de l’album, et surtout un son d’introduction qui est de la trap, ce qu’on attend pas forcément venant de Flynt. J’ai été très étonné quand il avait sorti ce son en premier single de l’album. Mais c’est réussi, et Flynt garde sa plume tranchante et précise. Avoir des sons comme « Joga Bonito » et « Chanson pour ton fils » sur le même album, faut le faire, et ça marche. Y a également deux musiques qui parlent d’amour qui sont très réussies. Il y a des ratés ici et là, où il essaie de poser de manière particulière sur une instru, mais c’est noyé par toutes ses punchlines. Et puis, dans l’album, on a un son dédié à la Coupe du Monde 2018 qui risque de nous donner beaucoup de frissons quand on va l’écouter d’ici dix ans, et qui m’en a déjà donné quand j’ai fait ma première écoute de l’album. Bon, ça n’a rien à voir avec « Ramenez la coupe à la maison », hein. L’album et son thème résumé dans son titre est très fort et réchauffe un peu le cœur, ça fait du bien parfois !

4 : Maes – Pure

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« J’étais tit-pe, j’avais pas d’sous pour une paire donc j’suis parti en prendre au marché aux puces Histoire d’être à la mode, comme les autres. »
LDS, track n°1

On va pas se mentir, je suis allé écouter ce projet à reculons. Nourri de tous mes clichés sur Maes, dont j’avais seulement entendu « Madrina » et « Billets verts », deux sons qui sont très club, j’avais peur que l’album ne soit rempli que de ça. Puis j’ai commencé et je suis tombé sur « LDS », l’intro, sans autotune, avec une référence à Balavoine, et des punchlines pas forcément très recherchées en terme d’écriture, mais percutantes (voyez la légende). J’étais déjà acquis à sa cause, puis arriva « Mama », et là, c’est la confirmation de son talent. Une instru boom-bap, et Maes qui rappe fort, tout en gardant des mélodies qui restent en tête, et un message, pas forcément nouveau dans le rap, mais qui a le mérite d’exister. Bref, le meilleur son de l’album sans discussion. En écoutant le reste, j’ai vite compris que les deux premiers sons n’étaient pas mis là pour faire beau en commençant l’album. Il n’y a aucune fausse note sur cet album, absolument tous les sons sont soit bons soit très bons. On sent que Maes a une culture rap fournie, sans forcément être une encyclopédie, et ça lui permet de rapper fort et de chantonner sur le même album. Il n’est pas rempli de punchlines et de rimes multi-syllabiques embrassées et des allitérations partout, il est simple. Mais la simplicité fait son travail et Maes est ma révélation de l’année, sans aucun souci. J’ai même revu mon avis sur « Billets Verts », dont j’avais une mauvaise image avant d’écouter les paroles.

3 : Dinos – Imany (Deluxe)

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« J’arrive en retard comme Imany »
Sophistiqué, track n°16

Depuis le temps qu’on attendait cet album, franchement, quelle claque. L’album est surtout réussi dans son ensemble. C’est une ambiance rarement aussi bien maîtrisée dans un album de rap français. L’album dans son ensemble a une image très particulière, que la cover reflète parfaitement avec ce noir et blanc magnifique, et même si chaque son est très différent et que les mélodies sont uniques, on sent qu’ils ont tous la même vibe, ce truc qu’on pourrait presque qualifier de Dinos-ien. Il faut évidemment saluer le travail des beatmakers derrière aussi, qui font l’autre moitié du travail. Les références sont multiples, allant de Vianney à Cyrano de Bergerac, à du Booba, et c’est ce qui fait la force de cet album également. Et puis, il se dévoile enfin un peu. Il n’avait pas trop eu le temps avant, vu qu’il n’a pas sorti grand-chose durant plusieurs années, mais là il a saisi l’opportunité comme il le fallait. Je m’attendais à un Dinos kickeur, « Punchlinovic » comme disait son nom avant, mais j’ai eu un Dinos mélancolique et ouvert -musicalement, mais aussi dans les sujets – notamment avec un son comme « Hiver 2004 », et c’est pas plus mal.
PS : Le plus beau son de rap d’amour de 2018, voire peut-être du rap français, se trouve dans cet album et a le doux nom d’« Helsinki ». Et évidemment je précise Deluxe parce qu’il y a des sons comme « Placebo » ou « Fetty Wapp » qui font partie des meilleurs de l’album.

2 : SCH – JVLIVS

 

jvlivs
« T’as le choix : jugé par douze ou porté par six »
Otto, track n°6

J’en ai marre des rappeurs qui se prennent pour des dealers de drogue issus des cartels de Colombie, ou bien, dans le cas de SCH, d’Italie. Je comprends la fascination qu’ils ont pour des œuvres comme Gomorra ou Narcos, mais parfois ça devient vite lourd, surtout quand t’as 25 rappeurs qui ont exactement les mêmes références. Et ce que j’apprécie dans cet album, c’est que SCH, de son vrai nom Julien, déconstruit tout ça et crée ses propres réfs avec son propre personnage, qui a l’air basé de manière assez forte sur sa propre vie. Il mérite son nom d’album, avec une partie fictionnalisée très forte, j’ai eu l’impression d’écouter l’histoire d’un mec pendant une heure, et en plus de ça : ça sonnait bien ! Car oui, un album bien construit et bien réfléchi, c’est cool, mais quand en plus tes musiques suivent et sont innovantes dans le rap-jeu, y’a rien à redire. En plus, on a le droit à des skits/interludes – écrites par Furax Barbarossa – de légende, sûrement les meilleures que j’ai eu la chance d’entendre dans le rap. SCH n’avait pas besoin de cet album pour prouver que c’était un très bon rappeur, mais il nous le confirme une énième fois.

1 : Alpha Wann, le rappeur préféré de ton rappeur préféré – Une Main Lave L’autre

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« Très peu probable que je tape un platine, faut que je fasse un classique » Stupéfiant et noir, track n°3

Eh bien, il l’a fait. De mon côté, Alpha Wann n’était pas forcément le rappeur que j’appréciais le plus avant cet album. Oui, il a toujours été très bon rappeur, et très bon rimeur surtout, avec des grosses punchlines et une technique de fou malade. Mais ses EPs « Alph Lauren » manquaient très grandement de direction et n’étaient que des compilations d’Alpha qui débitait et montrait tout ce qu’il savait faire : pourquoi pas, mais ça fait pas un grand projet, et ça faisait que je le respectais sans forcément apprécier. Là, il passe un cap, avec un album qui a une direction – notamment grâce aux skits d’une personne inconnue au bataillon mais dont j’ai l’impression de connaître la voix – et aussi et surtout un album où Alpha Wann se dévoile enfin un peu, avec des sons comme « Pour Celles » et « Olive & Tom », qui font partie de mes sons préférés de l’album. Oui, j’écoute pas en boucle ce projet, j’ai vu beaucoup de monde lui reprocher ça. Mais je vois pas le problème : on peut considérer qu’un album est réussi, voire très réussi, sans avoir besoin de l’écouter dans son entièreté toutes les semaines. J’écoute les sons de cet album quand j’ai besoin de me rappeler que, même en 2018, on a encore des rappeurs qui rappent. Et puis, avec une cover aussi belle, cette place lui était garantie.

 

Voilà pour mon top. Au final, il reste assez conventionnel par rapport aux autres tops que j’ai pu voir passer, on va pas se mentir. Mais ce sont clairement des albums qui ont dominé 2018. En espérant qu’en 2019, des albums de PNL et Nekfeu voient le jour. J’ai même une grosse attente sur un petit nouveau comme Dabs par exemple, ou un vrai premier album de 13 Block. Et même pourquoi pas un retour de Sexion d’Assaut… J’ai hâte d’écouter tout ça, à dans un an !



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