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Es-tu aussi bête que tu le penses ?

C’est accoudé à cette table, devant ce café froid et âpre, que ton esprit s’échappe face à la fatalité prégnante qu’est ton échec scolaire. Ce moment de vide immense, qui envahit tout ton corps pour n’y laisser qu’un vilain sentiment : celui de n’être qu’un.e misérable, à la concentration d’une mouche prématurée et d’avoir la mémoire de tatie Alberte, atteinte d’Alzheimer. En effet, ce satané partiel sur l’Ecole de Chicago qui, selon ta copie n’existe pas, ne s’est pas révélé être un franc succès. Et par ailleurs, cette boule dans la gorge t’assure que le correcteur ne sera pas du même avis que toi. Non, « il peut aimer mon aplomb » n’est rien d’autre qu’un espoir vain et tu le sais. Au-delà des quelques boutades lancées nerveusement à tes potes sur ton naufrage intellectuel, ce sentiment d’être un.e imbécile incapable et raté.e ne peut plus être dissimulé. D’ailleurs, tu méprises ce gars, qui part toujours après la première heure d’examen, habillé de sa plus belle arrogance, pour te cracher au visage et te considérer comme une huître ahurie, lorsque à la sortie, tu partages tes audacieuses réponses.

Rassurez-vous, cet article vous fera du bien car il vous prouvera que vous n’êtes pas (forcément) bête. Il permettra aussi – et bon nombre savent qu’il le faut- de clouer le bec à certains dont les chevilles sont finalement plus grosses que leur encéphale. C’est alors du haut de mes deux décennies d’existence que je vais tenter d’élaborer une réponse à l’ultime question : qu’est-ce que l’intelligence ?

Historiquement, l’intelligence provient du terme latin intelligentia, « faculté de percevoir, compréhension, intelligence », dérivé de intellĕgĕre (« discerner, saisir, comprendre »), composé du préfixe inter– (« entre ») et du verbe lĕgĕre (« cueillir, choisir, lire »). Étymologiquement, l’intelligence consiste à faire un choix, une sélection. Mais bon, ça, tout le monde s’en fout. Donc en gros, l’intelligence pourrait être ainsi considérée comme la faculté intellectuelle d’agir, d’interagir et de réagir avec discernement face à une situation complexe.

Mais l’intelligence est aussi une construction sociale puisque nous avons été cadrés afin de développer une intelligence commune qui répond à des critères sociaux et éducatifs, définis par les institutions par lesquelles nous sommes contraints de passer. Prenons l’école : son objectif est de garantir équitablement à chaque enfant la possibilité de s’émanciper et d’acquérir du savoir. Les critères de réussite en France, basés sur un système de notation, définissent et déterminent la vision que nous allons développer de nous-mêmes au sein de la société. En cela, s’explique le sentiment d’être stupide lorsque l’on reçoit un 2/20 à son fameux partiel sur l’Ecole de Chicago.

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« L’Ecole de Chicago n’existe pas. »

Décentrons-nous ainsi de cette unique forme de l’intelligence. Howard Gardner, papa de la psychologie de l’intelligence multiple, propose d’en différencier 9 types différents.

Et toi, t’es plutôt intelligent comment alors ?

L’intelligence linguistique

La prochaine fois que Brandon le « beau-parleur » vous promet la lune et que, éperdument naïve, vous vous rendez à votre date, où gît un gros lapin de garenne; accordez-lui au moins, cette qualité qu’est l’intelligence linguistique.

Ce type de discernement est fréquent chez les politiciens, les écrivains ou encore les poètes. Il s’agit de la faculté de produire un discours qui tend à convaincre et persuader l’Autre. L’élocution est parfaite, les mots, les phrases, la syntaxe utilisés sont toujours le fruit d’une réflexion. C’est aussi savoir exprimer ce que l’on ressent ou penser de façon claire, distincte et affirmer.

L’intelligence interpersonnelle

On connaît tous cette personne caméléon qui se faufile dans les soirées en étant toujours appréciée et admirée.

C’est la capacité de communiquer de manière interactive avec un individu en anticipant ses réactions. Intelligence que l’on définirait de sociale, en réaction avec son entourage. Il s’agit aussi d’une capacité d’adaptation aux autres, en réponse à leurs demandes et à leurs besoins. Il ne sera pas étonnant de retrouver ce type de faculté chez les politiciens encore: c’est une forme d’empathie attendue par le peuple pour son représentant.

L’intelligence logico-mathématique

Parce que résoudre des équations, être une bête en calcul mental et savoir par cœur ses tables de multiplication, c’est clairement signe d’une intelligence logico-mathématique.

On a tenté de mesurer ce type d’intelligence par un test de QI. Il s’agit d’un examen qui place votre Quotient Intellectuel sur une échelle : plus de 100, vous êtes considéré comme « intelligent »; moins de 100, comme étant moins intelligent. Il s’agit pourtant d’un test stimulant votre rapidité à résoudre des problèmes logiques. Certes, il permet de mettre en exergue certaines capacités intellectuelles que vous possédez à un moment donné. Mais l’intelligence se réduit-elle à une rapidité d’esprit mathématique et une logique reconnue et définie par un test lui-même ?

L’intelligence visuo-spatiale

C’est ce gars qui en une fraction de seconde, vous illustre un plan, un décor ou une maquette sans faille, vous transportant brutalement dans la 4e dimension.

Vous l’aurez compris, c’est donc l’aptitude à se représenter et à manier de façon intellectuelle des objets tridimensionnels (en 3D). On peut aussi dire que ce sont des individus qui ont la capacité d’étudier un problème dans sa globalité et d’en percevoir les différentes facettes.

L’intelligence intrapersonnelle

Souvent adepte de la méditation ou du yoga, c’est une personne qui sait s’écouter entièrement et qui est ultra posée avec elle-même.

Quand avez-vous passé un examen qui vous a évalué sur votre capacité d’empathie, de compassion, d’écoute d’autrui ou même votre gestion de la colère? Pas souvent, j’imagine. Et pourtant, cette intelligence renvoie au jugement que l’on se fait de soi-même, sur la volonté de comprendre ses réactions et ses comportements. C’est aussi la capacité de poser des limites ainsi que de discerner ce qui est bon et ce qui ne l’est pas pour son développement psychique. Cette intelligence est souvent exploitée chez les psychologues, mais aussi chez les artistes en général.

L’intelligence kinesthésique

C’est cette personne qui court tous les matins à 6h, qui part bosser en trottinette, qui reste debout le plus possible, qui fait ses 1000 mètres de natation de 19h à 20h et qui est TOUJOURS en forme !

Au-delà du cliché un peu réducteur que je viens d’énoncer plus haut, c’est la disposition physique et mentale à exercer des travaux manuels d’expert. Fortement développée chez les sportifs, elle est aussi présente dans la pratique d’activités et de travaux demandant de la minutie. Ce sont des personnes qui maîtrisent parfaitement leur capacité physique, leur motivation et leur concentration.

L’intelligence naturaliste

Ses fiches de révisions sont faites à la perfection, répertoriées par ordre chronologique, par approches ou encore par couleurs.

Classer, différencier par des catégories précises selon des qualités et caractéristiques particulières, c’est signe d’intelligence naturaliste. Il s’agit ainsi de comprendre le monde et son environnement de manière cadrée et ordonnée, sans éparpillement ni désordre. C’est donc aussi la capacité de rationaliser et de traiter les problèmes selon une solution déjà préétablie et réfléchie.

L’intelligence musicale

Mozart ou Chopin. Rien d’autre à ajouter.

Jugement parfait d’une tonalité, d’un rythme ou d’une mélodie, l’intelligence musicale renvoie à la perception et l’analyse musicale. Il s’agit d’une capacité de création, de composition et d’imagination à partir des sons. Attentifs aux éléments extérieurs et sensibles à ces derniers, ceux qui exploitent le plus cette intelligence sont bien évidemment les musiciens et les compositeurs.

L’intelligence existentialiste

C’est le gars qui se questionne tout le temps, à des moments improbables, sur les raisons de l’existence humaine.

C’est ainsi l’aptitude à se confronter à des questionnements qui dépassent la connaissance humaine dans la volonté d’y trouver un sens, dans une vision spirituelle d’explication de l’origine des choses. C’est une capacité à développer son domaine de savoirs vers de vastes questionnements qui inscrivent l’homme au centre de son existence et de son essence.50898536_2035841173151409_1081197049707233280_nL’intelligence serait donc un terme indéfinissable qui s’adapte, change, se module autant de fois qu’il y a d’individus afin d’être adaptée à nos propres critères. Autrement dit, nous ne sommes intelligents que par la manière dont nous définissons l’intelligence et dont nous décidons de la développer.

 

 

Alors, avant de déclarer votre supériorité intellectuelle et de l’utiliser comme un instrument de répression et de mépris, pensez à qui vous êtes et quel est votre cadrage intellectuel. Il vous reste sûrement beaucoup de chemin à parcourir avant d’acquérir le discernement nécessaire pour être humble et considérer sérieusement la multiplicité et l’étendue de ce terme trop communément prôné. Inversement, avant d’abandonner vos projets voire vos rêves, de peur de ne pas en être capable, pensez différemment et utilisez ou optimisez votre potentiel.

Et si, finalement, l’intelligence était de s’enrichir de l’Autre par ses capacités et ses apports intellectuels pour nous rendre plus riches, complexes et peut-être ainsi plus heureux ?

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