Culture

Homecoming, ou pourquoi une série ne devrait jamais être un très long film

Homecoming est une série sortie en novembre 2018. Avant sa sortie, le créateur promettait qu’elle ne serait pas un film coupé en épisodes, mais bien une série. Malheureusement, c’est raté.

Adaptée d’un podcast audio du même nom qui avait eu deux saisons, en 2016 et 2017, et qui avait un casting de haut-vol (David Schwimmer, Catherine Keener et Oscar Isaac dans les rôles principaux), la série est centrée sur une psychologue, Heidi (Keener dans la série audio/Julia Roberts dans la série télé) qui travaille dans un centre secret du gouvernement mené par un mec douteux (Schwimmer dans la série audio/Bobby Carnivale dans la série télé) pour s’occuper de soldats et les aider à revenir dans le monde réel en essayant d’oublier leurs traumatismes, et elle se lie notamment avec un soldat du nom de Walter (Oscar Isaac dans la série audio/Stephan James dans la série télé). On la retrouve 4 ans plus tard, alors qu’elle a complètement changé de vie et qu’un enquêteur du Département de la Défense vient la voir pour lui poser des questions à propos de sa vie antérieure, auxquelles elle a du mal à répondre car elle ne se rappelle que de très peu de choses.
Je n’ai jamais écouté la série audio, mais à l’annonce de l’adaptation j’étais quand même très impatient à l’idée de la voir, pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, elle est réalisée par Sam Esmail, créateur de l’une des meilleures séries de ces dernières années, j’ai nommé Mr Robot. C’était la première fois qu’on allait avoir le droit de le voir faire autre chose et j’avais confiance en lui. Ensuite, le casting, la présence de Julia Roberts et Bobby Carnivale. Et pour terminer le format de la série : Amazon a probablement laissé Esmail faire ce qu’il voulait, et il avait décidé de composer la saison de 10 épisodes d’une trentaine de minutes chacun. Une série qui voulait être un thriller avec un tel format, c’était étonnant et ça donnait envie de voir ce que ça pouvait donner.

Ça, c’était plus ou moins fin 2017. Arrive alors l’été 2018, où comme tous les ans la « Television Critics Association » organise des panels où les séries prévues à la rentrée viennent se présenter, et une des très attendues était Homecoming. Les personnes présentes ont eu droit à la diffusion de certaines scènes, les retours étaient très bons et ça hypait encore plus. Puis arrive le panel, et Julia Roberts qui prononce la phrase à ne jamais dire à des fans de série : « tourner cette série n’était pas si différent de tourner un film ». Et Esmail intervient pour calmer le jeu « La série n’est pas un film de 5 heures. Il y a des chapitres ! ».1 Cette phrase peut paraître assez anodine, mais les fans de série ne supportent que très rarement les comparaisons film/série, et je fais partie de ces personnes. Cette phrase m’a pas vraiment refroidi sur le coup, notamment grâce à l’intervention d’Esmail, qui semble bien connaître les fans de série et les réactions qu’ils auraient pu avoir face à une telle phrase. Mais malheureusement, ce n’était pas vrai, sa série semblait n’avoir aucun chapitre et n’être qu’un long épisode.

La saison est finalement sortie le 2 Novembre 2018, en entier, sur Amazon Prime Video. J’ai regardé le premier épisode le jour de sa sortie, et quelle claque : la réalisation est absolument magnifique. La couleur des images est réfléchie, Esmail a sa patte de réalisateur et compose toujours aussi particulièrement ses plans, comme il le fait sur Mr Robot. Il a même osé choisir deux formats différents, un format classique 16/9 pour les scènes dans le présent, et un format beaucoup moins classique 1/1 pour les scènes se passant 4 ans plus tard. Les acteurs sont également géniaux: évidemment Roberts et Carnivale brillent, mais la plus grosse surprise reste la performance de Stephan James – le rôle se révèle peu dans le premier épisode, sa performance est mise en lumière dans le reste des épisodes. Le travail sur le son est magnifique, notamment l’utilisation de vieilles musiques de BO de films des années 60, mais aussi les scènes qui se passent en appel téléphonique, gardant le son grésillant du téléphone, et pas un son propre issu d’un micro sur le tournage.

Et pourtant, je ne me passionne absolument pas pour la série. Je prends ma première claque sur le premier épisode, je regarde le second dans la foulée, je trouve ça tout aussi bien, mais je commence déjà à bloquer, je ne sens pas le besoin de voir la suite. La série semble sans intérêt. Même l’avancée de l’intrigue – qui met une plombe à arriver – nous désintéresse au bout d’un certain temps, et j’ai mis plus d’un mois à finir la série, qui n’est pourtant pas très longue. Ce que disait Esmail est faux : la série n’a pas de chapitre. On a l’impression de regarder un film de 5 heures, et absolument pas 10 épisodes de 25 minutes. La frontière entre les deux peut sembler fine et nécessiterait un article entier sur la différence de composition entre une série et un film, mais malheureusement, ici, c’est raté. On peut se demander quelles en sont les raisons, mais la première qui semble sauter aux yeux, c’est le fait que c’est une adaptation d’une série audio.

Et malgré tout cela, je vous conseillerais de la regarder ! La série n’est pas passionnante dans son écriture, mais si on aime la forme en tant que telle et qu’on peut passer outre le fond, c’est une véritable leçon de réalisation, de composition de plan et d’utilisation des différents outils mis à la disposition d’un réalisateur. Et puis, à force d’être hypnotisé par la beauté de la série, on finit par être attaché aux personnages à la fin de la série, ce qui me rassure pour la saison 2, qui pourrait être meilleure que la première (espérons). Esmail, ayant seulement réalisé la série, reste tout de même la personne la plus prometteuse concernant le futur des séries américaines et j’ai toujours aussi hâte de voir ses futurs projets, et la saison 4 de Mr Robot. Et je regarderai la saison 2 de Homecoming, même si je risque de mettre un peu de temps à la finir.

Homecoming aurait mieux fait d’être un film de 2 heures plutôt qu’une série de 10, même s’il semblerait que je sois le seul à le penser étant donné qu’elle a été nommée dans plusieurs catégories méritées aux Golden Globes, et une un peu moins méritée, celle de « Meilleure série dramatique ». Malgré tout, elle n’en a gagné aucun, et je pense que c’est bien mieux comme ça.

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