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Parlons eSport : League of Legends

La nuit. Après avoir bu quelques bières, deux potes se lancent dans une nuit jeux vidéo. Après plusieurs parties de Mario Kart, Fifa, et Smash Bros, l’un des deux s’arrête de jouer, fatigué. Le second en profite alors pour lancer un autre jeu sur son ordinateur. Son ami, blasé, le regarde jouer.

  • J’y comprends rien à ton truc, c’est quoi ce jeu ?
  • Ce jeu, c’est League of Legends. En gros, c’est un MOBA, un jeu d’arène en ligne. Deux équipes de cinq joueurs s’affrontent sur une carte, et doivent détruire la base adverse. Chaque joueur joue un personnage différent, parmi plus d’une centaine jouables, qui ont chacun leurs compétences, leurs forces, faiblesses. On commence la partie niveau 1, et on gagne des golds et de l’expérience au cours de l’avancée de la partie, qui permettent respectivement d’acheter du stuff – de l’équipement, pour avoir plus de dégâts et/ou être plus résistants – et de débloquer/monter des sorts.
  • Je vois le genre. Comment t’as commencé à jouer et qu’est-ce qui te plaît dans ce jeu ?
  • J’ai commencé avec mes potes, au début c’était juste pour passer le temps en attendant un autre jeu que j’avais commandé.
  • Ça commence toujours comme ça. L’addiction aux clopes, drogues, vidéos de Norman…
  • Ouais, si tu veux. Et sinon, y a beaucoup de choses qui me plaisent dans ce jeu. D’abord, quand tu joues avec tes potes, y a vraiment moyen de s’amuser, de se taper des barres. Ou à l’inverse, tu peux « tryharder » (c’est-à-dire jouer ta vie, jouer uniquement pour la victoire et pas forcément pour t’amuser), seul ou à plusieurs, pour essayer de devenir le meilleur. Pour ça, faut que tu te spécialises dans un rôle particulier, et que tu détermines tes champions préférés.
  • Un rôle particulier ?
  • Yes, t’en as cinq en tout. Sur la carte, il y a trois voies, reliées entre elles par une jungle, dans laquelle il y a des monstres neutres, qui ne t’attaquent pas quand tu les approches. Du coup, niveau rôles, t’as le top, la voie du haut, où sont souvent joués des tanks, très défensifs, ou des combattants, (qu’on appellent plus communément bruisers), qui oscillent entre bonne défense et bons dégâts. Sur la voie du milieu, t’as le midlaner, joueur de mages, et d’assassins, c’est-à-dire des gros dégâts, mais une défense bien moindre. Sur la dernière lane, le bot, t’as deux rôles, l’ad carry, soit un joueur de « tireur », très faible en début de partie, mais de plus en plus puissants au fur et à mesure de la game, et les supports, qui sont soit des healers/poseurs de shield, soit des tanks ayant dessorts de contrôles importants (des stuns, des knocks-up…). Leurs buts à eux, qui n’ont pas ou peu de dégâts, c’est de protéger l’ad carry, d’immobiliser les adversaires et d’apporter de la vision à son équipe, en posant des balises dans le brouillard de guerre. Et enfin y a le jungler, le seul rôle qui n’a pas de lane, et qui doit évoluer dans la jungle, surprendre les lanes adversaires, et aider ses alliés à les tuer.
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    Un montage de plusieurs champions : en haut à gauche, Darius (top/combattant), en bas à gauche, Sion (top/tank), en haut au milieu, Alistar (support/tank), juste en-dessous Lee Sin (jungle/combattant), et Caitlyn (ad carry), et en haut à droite Talon (mid/assassin), et en-dessous Janna (support/heal).
  • Ok, c’est un peu confus tout ça, mais ça demande une certaine coordination d’équipe non ?
  • Ouais, c’est tout le principe du jeu, et c’est à double tranchant. Quand tu joues seul en ranked (soit en partie classée), et que tes team-mates sont coordonnées, c’est une sensation géniale, tu sens que tu vas détruire la game. Par contre, l’inverse est très souvent rageant.
  • D’accord. Et y a d’autres trucs qui te plaisent avec ce jeu ?
  • Ouais, LoL m’a apporté un autre truc. Une passion pour l’e-sport.
  • Attends quoi ? Les trucs de compétition de jeux vidéo là ? Ah ouais c’est grave…
  • Bah je t’ai expliqué que le jeu est très compétitif. Ce qui veut dire qu’il y a un niveau professionnel, bien au-dessus des autres joueurs. Un peu comme du sport.
  • Ouais enfin, c’est des mecs qui tapent sur un clavier, paye ton sport. Ce n’est pas comme courir un 20 km.
  • Ça reste des gens qui s’entraînent pendant une grande partie de la journée, qui sont suivis par des coachs, des analystes dans le but de perf en tournoi, tournois qui sont commentés. Et puis si avant, les équipes étaient essentiellement des bandes de potes, ça s’est professionnalisé avec le temps. Suffit de voir la transformation de Yellowstar, actuel coach LDCL et ancien support de Fnatic pour voir qu’on est plus dans un truc de nerds sans vie. Et puis, les compétitions remplissent des stades.
  • Attends quoi, c’est si organisé que ça ?
  • Bien sûr. Pour aller vite, t’as un tournoi principal par région/serveur. Les LCS en Amérique du Nord, ou ceux qui ont de la thune mais qui arrivent pas à perf, les LCK en Corée, considérée comme la région la plus forte avec quatre titres de champions du monde, les LPL en Chine, qui commencent à prendre l’ascendant sur la Corée, et, enfin, la compétition que je suis personnellement le plus, les LEC en Europe, dont les équipes arrivent souvent à créer la surprise lors des championnats du monde. Il y a aussi des régions plus mineures, comme le Brésil, la Turquie, ou l’Europe de l’Est, mais je ne suis pas trop au point sur ces sujets. Comme au foot, t’as une saison qui suit l’année. D’abord un segment de printemps (phases de poules avec match aller-retour entre dix équipes, puis play-offs pour les six meilleures, les deux premières étant qualifiées directement en demi-finale), avec la meilleure équipe de chaque région qui peut participer à un tournoi mondial de mi-saison, le MSI. Puis il y a un segment d’été qui prépare au championnat du monde, où les trois meilleures équipes de chaque région peuvent participer. Les Worlds durent un mois, et sont souvent des moments ultra hypés, notamment par des chansons officielles, celle de 2014 étant Warriors d’Imagine Dragons. T’sais, le p’tit groupe là. Et évidemment, il y a des millions de spectateurs sur les streams internet.
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    La cérémonie d’ouverture de la finale des Worlds 2018. 
  • Enfin, dans le sport, il y a des joueurs stars, des moments historiques, des équipes légendaires, tu ne vas pas me faire croire qu’il y a aussi cette dimension dans l’e-sport.
  • Ah si si. Faisons une comparaison avec le foot. Niveau équipe légendaires, ou du moins avec énormément de thune, on peut citer le PSG (qui a d’ailleurs tenté de se lancer dans l’e-sport en 2017), le Real, le Barça, ou encore le Bayern. Et bien sur Lol, on a Fnatic et Gamers 2 en Europe, TeamSoloMid (TSM), Team Liquid et Cloud 9 aux US, l’équipe triple championne du monde SKT T1 en Corée, ou encore Royal Never Give Up en Chine. Si on est encore loin du niveau du foot, ces structures brassent aussi énormément d’argent, et notamment en communication. Et des joueurs stars, il y en avait avant, comme xPeke, Madlife, ou Dyrus, et il y en a toujours maintenant. Faker, le midlaner de SKT a longtemps été réputé comme étant le meilleur joueur du monde, si bien qu’il est devenu un élément de comparaison. Par exemple, Caps, un mid européen découvert durant la saison 2017 chez Fnatic a rapidement été surnommé Baby Faker, au vu de ses performances exceptionnelles. D’autres joueurs sont aussi extrêmement populaires, et notamment Rekkles et Bjergsen, respectivement joueurs en Europe (Fnatic) et aux US (TSM), si bien qu’ils sont devenus les visages de leurs équipes, et que celles-ci sont construites autour d’eux.
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    De gauche à droite : xPeke, ancien joueur Fnatic/Origen (équipe qu’il a fondé), Faker, le légendaire midlaner coréen de SKT T1; Caps, actuel mid de G2 et ancien joueur Fnatic, Rekkles, ad carry star de Fnatic, et enfin Bjergsen, midlaner ultra-populaire de TSM.
  • Attends, c’est le bordel, ils ont tous des pseudos ?
  • Ouais, ça je suppose que ça vient de la culture Internet.
  • Ok, et niveau moments légendaires ? Il y en a eu ?
  • Si on reprend le foot, tout le monde se souvient du coup de boule de Zidane, du 7-2 Allemagne-Brésil, ou encore de la victoire des Français contre le Belgique en 2018 (oui, c’est gratuit). Sur LoL, tout le monde a vu le backdoor de xPeke lors des finales des tous premiers championnats du monde, où il est allé détruire le Nexus adverse seul, alors que son personnage n’avait quasiment plus de points de vie. On peut aussi citer le 1v1 Ryu/Faker, qui a bien servi à instaurer la légende autour du joueur coréen. Et à titre personnel, je me souviendrais toujours des MSI 2015, et du match Fnatic/SKT T1, où l’équipe européenne nous a tous fait vibrer en arrachant 2 games aux géants coréens, ou encore, dans le même délire, le quart de finale des Worlds Misfits/SKT T1, où la troisième équipe européenne a réussi à créer la surprise et à déstabiliser l’équipe coréenne, et notamment grâce aux choix de personnages inhabituels, hors méta (je vais t’expliquer ça juste en dessous) de leurs supports par Ignar.

  • Je ne reste pas vraiment convaincu.
  • Pour moi, c’est assez simple. Comment vois-tu les échecs ? Ce jeu de plateau a une dimension assez noble, qui fait que tout le monde le respecte. Si un jour les échecs sont aux JO, ça ne ferait pas gueuler grand monde. Pour moi, si tu vois ce jeu comme un sport, tu peux accepter que la compétition de JV soit un truc sérieux. Dans les deux cas, c’est de la stratégie, où il faut réussir à lire dans le jeu de l’adversaire. La seule différence, c’est que LoL, outre le fait que ce soit un jeu d’équipe, c’est que comme tout jeu en ligne, il est régulièrement mis à jour, via des patchs, mises à jour qui peuvent totalement chambouler le jeu stratégique. L’objectif reste le même, soit détruire la base adverse, et la façon d’y parvenir change au cours des saisons. Dans tous les jeux-vidéos, on appelle ça la méta, terme assez abstrait qui définit ce qui est fort ou faible dans le patch actuel.
  • Mouais, je vois le genre.
  • Juste pour finir, et t’expliquer le pourquoi de cette passion, c’est aussi que regarder une compét de League of Legends, ce n’est pas donné à tout le monde, contrairement à la plupart des sports traditionnels. Il faut être au point sur les différents personnages, sorts et stuffs pour réussir à lire l’action en jeu. Ça peut paraître élitiste, mais pour moi, ça me donne l’impression d’appartenir à quelque chose, et d’être légitime de suivre cette compétition parce que je connais, et surtout j’aime ce jeu.
  • Et c’est facile d’apprendre à jouer ?
  • Oui, et non. Tu vas vite comprendre les bases mais c’est un apprentissage constant. Deux conseils si tu veux commencer le jeu. D’abord, commence avec des potes, c’est bien plus amusant, seul tu vas rapidement péter un câble. Et si le jeu te plaît et que tu souhaites devenir meilleur, regarde les compétitions, ainsi que des streams, des vidéos de joueur haut élo (c’est-à-dire très bien classé voire professionnel), c’est un excellent moyen d’en apprendre plus. Et qui sait, peut-être ce sera toi le prochain meilleur joueur du serveur.
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L’équipe chinoise Invictus Gaming, championne du monde 2018.

 

[Cet article a été écrit en février 2019. Ainsi, si tu le lis bien plus tard, certaines informations sont peut-être obsolètes.]

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