Culture

Alita: Battle Angel, de l’ennui chez les cyborgs

Au XVIe siècle, les habitants de Iron City vivent sous la coupelle des riches habitants de la ville volante, interdite d’accès, Zalem. Au beau milieu de ce concentré de pauvreté et de criminalité, le docteur Ido trouve un cyborg qu’il va réparer et en faire sa fille de substitution. Cette dernière, c’est donc Alita, guerrière à la mémoire perdue, aux techniques de combat surpuissantes et aux gros yeux tout mignons.

Il faut dire que ce projet partait tout autrement. Ce devait en effet être James Cameron le réalisateur et il avait déjà prévu un script pour trois heures de film. Mais emmêlé dans ses suites d’Avatar, il s’est occupé de la production et a laissé le film à Robert Rodriguez. Un réalisateur, donc, qui fonctionne beaucoup plus à l’instinct et qui a fait des films comme Sin City, Desperado ou Planète Terreur ; rien à voir avec cet univers cyberpunk adapté d’un manga. Et donc, qu’en est-il ? Alors force est de constater, et assez vite, que Alita est assez banal dans son traitement.

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Planète Terreur, film nanardesque assumé, à la sauce Rodriguez

Pourtant, le film partait bien : le long-métrage a pour ambition de tout montrer depuis le commencement, depuis la renaissance d’Alita. Un autre film aurait démarré en montrant Alita, après avoir été réparée, dans un moment de sa vie normale, cela pour mieux permettre l’identification au personnage principal. Mais non, le film de Rodriguez fait d’abord du docteur Ido le personnage principal, avec un plan iconique en contre-jour. Et cette ambition se retrouve ensuite avec une envie de film « choral », alternant les points de vues et mélangeant les scènes. D’autre part, il y a aussi évidemment un désir de créer un univers riche d’éléments et de sens. Les objets, les décors, les corps, fourmillent à l’écran et sont tous différents les uns des autres : il y a une réelle créativité dans les effets spéciaux, la direction artistique et les costumes.

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Deux villes et un univers riche d’éléments

Mais c’est sur ce point-là que le tableau se noircit : tout ceci apparaît en fait très vite comme de la poudre aux yeux, un effort technique impressionnant, certes, mais purement technique. On perçoit alors très vite que Rodriguez n’est pas un réalisateur mais un artisan, un faiseur. La banalité de l’œuvre a été évoquée tout à l’heure, mais cette banalité ne vient ni du scénario en lui-même, ni des acteurs, ni de l’univers dans lequel les personnages évoluent mais bien des procédés qui sont, ou en tout cas qui devraient, être mis en œuvre. On parle donc bien là d’une mise en scène qui en vaille la peine. Ce n’est manifestement pas le cas, car sur moins de 2h30 de film, le tout est filmé avec une platitude sans nom, alignant les plans en deçà même d’une envie formaliste. La réalisation de Rodriguez est quasi inexistante car elle ne raconte rien, il montre, ou plutôt il décrit, sans rien ajouter à ce récit aux airs de déjà-vu.

Au mieux, les plans bénéficient de cette fameuse richesse visuelle (qui, rappelons-le, n’est due qu’à une prouesse de technicien) mais ne savent aucunement la mettre en valeur. Déjà, à cause de ces personnages, toujours montrés avec un plan moyen hauteur poitrine, dans tous les champs-contrechamps, voire même dans certains combats, à l’aide de ralentis qui auraient été les bienvenus s’ils avaient été cadrés différemment qu’un simple dialogue. Ensuite, car les décors sont bien souvent filmés avec le même grand angle, et on remarque alors facilement les décors studios très hollywoodiens : la magie s’estompe très vite. Et au pire, les scènes que l’on a sous les yeux n’ont juste aucune créativité, ni dans l’arrière-plan, encore moins au premier plan. En dénotent ces nombreux gros plans sur le visage tour à tour énervé ou étonné de l’héroïne : aucune intention, aucune intensité, aucune volonté, une simple démonstration des prouesses du CGI.

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Des plans déroutants de par leur vide de sens

Cependant, un des plus grands défauts du film n’est pas tant dans la réalisation mollassonne que dans le montage. Tout d’abord, il est désolant de constater qu’un film hollywoodien à 170 millions de dollars et de plus de deux ans de production n’ait aucun sens du raccord ni dans le sens des regards, ni dans l’esprit de construire un espace cohérent dans une même scène. Et au beau milieu de toute cette accumulation d’erreurs de montage, se trouvent des scènes de combats qui sont sûrement mieux filmées qu’un Transformers lambda mais pas mieux montées : quel intérêt de saupoudrer cela de quelques ralentis, si l’ensemble est convulsé d’un assemblage épileptique ? De plus, ces ralentis font peut-être plaisir à la rétine de par leur volonté purement esthétique ; encore faut-il qu’ils ne soient pas gratuits. Le doute est donc permis : ce procédé a-t-il été ajouté avec une vraie intention de mise en scène ou alors dans un pur souci de rendre lisible une action qui ne l’était pas (à cause, justement, de ce montage agité). Rappelons que des films d’actions avec de magnifiques ralentis, ça existe : John Woo ou même Matrix et Watchmen ont su en intégrer soit subtilement, soit pour faire sens. C’est ce que Alita: Battle Angel ne sait visiblement pas faire.

Des ralentis sans conviction

D’autre part, il sera intéressant de relever une scène symptomatique. Pendant qu’Alita joue dans la rue au Motorball (sport du futur entre basket et rollers), le docteur Ido revoit son ex-femme avec qui il discute de leur passé douloureux. À ce moment, donc, le film tente un montage alterné entre les deux scènes. Mais c’est une tentative juste ratée : le fait de couper quasiment au milieu de l’action et des dialogues mais aussi et surtout de n’inclure aucun lien narratif entre les scènes et les plans qui se succèdent donne un résultat complètement à côté de la plaque.

S’il reste une chose dont il faut parler, c’est bien le casting avec des acteurs connus et reconnus dans la profession. Et si autant, Christophe Waltz a l’air plus ou moins inspiré tout en portant une partie du film, autant le reste est à la ramasse. Les acteurs empilent les clichés. De l’ado rebelle qui s’habille en cuir mais dont on est sûrs qu’il a bon fond, au chasseur de primes faussement psychopathe et à l’air complètement incapable, en passant par la méchante bien méchante car opportuniste. Reste Mahershala Ali, décidément au dessus du lot des acteurs américains, arborant une classe certaine, dans un rôle de méchant, monolithe certes, mais élégant et nuancé.

Christoph Waltz and Rosa Salazar in Alita: Battle Angel (2019)
Christophe Waltz, inspiré. Des fois.

Mais le plus inexcusable en terme d’interprétation reste à venir. Car, grâce à ce film, on sait que l’on a atteint un nouveau palier en terme de motion-capture. En effet, si le procédé pouvait être raté dans d’autres films, la faute pouvait difficilement être rejetée sur l’acteur en question. Seulement, la technologie ayant évoluée, on peut désormais nettement constater la pauvreté du jeu de Rosa Salazar. Jamais subtile, exhibant toujours la même palette d’expressions faciales, alternant médiocrement l’émerveillement pour le beau monde avec un visage colérique consensuel au possible. Néamoins, le plus mauvais à propos de ce personnage est son évolution dans le film. Il est, d’un point de vue moral, vu et revu, très classique. Pour le reste, on aura droit au syndrome de la « Mary Sue » : elle sait tout faire, le fait très bien, sans initiation, sans explication ; c’est une cyborg et c’est tout. La seule chose dont elle aura besoin est d’une meilleure armure : la morale ici qu’il n’y a pas besoin d’entraînement pour devenir meilleur.

En définitive, on ne saura jamais la vraie ambition du projet de départ, celui de Cameron. Celui-ci avait racheté les droits il y a presque 20 ans et ce film l’aurait sûrement fait revenir à un style plus proche de Terminator. Mais ce film que nous avons là a juste l’air d’être réalisé par un yes man que l’on a pêché dans le cinéma américain indépendant. Épuré de toute ambition, purifié de tout sens filmique, Alita: Battle Angel a beau nous être présenté par un Robert Rodriguez passionné, ça n’en reste pas moins convenu et très ennuyant.

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