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On a découvert: Sex Education

Depuis quelques temps, Netlfix produit à la pelle des teen-séries, histoire de viser un public jeune, qui délaisse aisément la télé et les rediffusions du Jour où tout a basculé pour lancer l’application de streaming américaine. La star d’entre elles est sans contestation aucune 13 Reasons Why. On peut aussi noter Riverdale ou la série espagnole Elite. Et en janvier dernier, c’est la Grande-Bretagne qui s’est lancée dans ce genre, avec Sex Education. 

Les teen-séries Netflix sont fascinantes. Elles sont, à l’instar des séries comiques à épisodes courts, le type de contenu facilement « binge-watchable » d’une traite, avec pas ou peu d’interruptions. La recette gagnante ? Différents personnages qui, en surfant sur certains stéréotypes propres au lycée, sont propices à l’identification, un fil rouge qui permet d’alterner entre histoires personnelles et grande histoire, et surtout un thème marquant. Plutôt que de proposer des séries adolescentes stupides et sans intérêt, le géant américain va plutôt accrocher les jeunes gens sur des thèmes sérieux et graves, au risque de déclencher une polémique, comme le suicide et ses différentes raisons (harcèlement, viol…)  dans 13 Reasons Why, si bien que certains spectateurs dénoncent le show comme étant dangereux pour les plus jeunes.

Mais revenons au sujet. Une question est souvent explorée dans ce genre sériel, de façon plus ou moins intelligente: la sexualité des jeunes gens. Et Sex Education, production Netflix britannique, a décidé d’en faire son thème principal. On y suit Otis, interprété par Asa Butterfield (que vous avez pu croiser dans Hugo Cabret ou Miss Peregrine), jeune homme introverti de 16 ans dégoûté/apeuré par le sexe en général, mais qui en connaît un rayon sur le sujet, sa mère étant sexologue. Suite à un événement particulier, il se révélera être, à l’instar de sa génitrice, un excellent thérapeute, et avec l’aide de Maeve, une jeune marginale, commencera un commerce de la sexualité, échangeant ses conseils contre de la bonne tunasse.

clarinette
C’EST UNE SÉRIE QUI PARLE DE CUL. OUI LE CUL. ELLE MIME UNE FELLATION LA.

Cette série est une utopie à tous les niveaux. Elle se déroule dans une ville magnifique qui semble s’être accordée avec la nature, l’ensemble du casting est beau, garçons comme filles (sérieusement, pas un seul personnage ne porte des lunettes ou a de l’acné), les couleurs sont chatoyantes… Il n’y a aucun antagoniste ou individu absolument détestable, toutes leurs actions sont justifiées. On pourrait voir cette figure négative dans le proviseur, sorte de tyran injuste avec son fils, mais ce serait ignorer le cercle vicieux qu’est leur relation : le père est dur, strict, parce que son gosse multiplie les conneries et qu’il pense que la fermeté est la bonne solution, et Adam s’avère être juste blasé par son manque d’amour paternel, et jalouse les autres, jalousie qui le mène à être une brute. Franchement, pendant les huit épisodes, j’avais plus pitié de lui qu’autre chose.

La série est aussi utopique par son optimisme total : toutes les actions se finissent bien, en suivant le meilleur scénario possible. L’exemple parfait est l’épisode traitant du revenge-porn, terme qui désigne la diffusion d’images intimes de quelqu’un dans le but de se venger (en lien la vidéo du Roi des Rats qui traite du sujet), qui se termine par une scène où l’ensemble des filles se lève lors de l’assemblée générale du lycée, clamant toute haut et fort « This is my vagina », afin de soutenir la victime anonyme. Cette série est si positive, qu’elle en devient un anti-13 Reasons Why, où, à l’inverse, tout mène au dénouement le plus violent/négatif. Un certain principe d’opposition se met alors en place : Sex Education est plus solaire, alors que la série américaine est souvent nocturne, les deux personnages principaux, Clay (Dylan Minette, 13 Reason Why) et Otis, semblables sur le papier (tous deux des adolescents peu populaires et qui galèrent du niveau sentimental) vont avoir des chemins différents. La quête d’une vérité va devenir obsessionnelle pour le héros U.S., qui n’hésitera pas à se mettre en danger, tandis que le british préfère, dans la mesure du possible, rester à sa place, et n’intervient que lorsqu’il n’a pas le choix. On peut aussi noter que la série britannique s’amuse souvent à se moquer ou à parodier les US, notamment lorsqu’un grand bal du lycée est organisé.

friends
L’amitié. Parce que c’est beau l’amitié.

La personnalité d’Otis trahit le problème majeur de la série. S’il n’intervient que rarement, c’est qu’il n’a pas de raison d’intervenir pour quoi que ce soit. Parce qu’au final, Sex Education ne raconte pas grand-chose, hormis quelques histoires personnelles des personnages principaux. Ce que fait aussi 13 Reasons Why, mais cela s’intègre dans une grande question qui suit toute la série : pourquoi Hannah Baker s’est-elle suicidée ? C’est d’abord cette raison qui happe le spectateur et qui l’amène à continuer la série. La motivation à poursuivre la série britannique, en dehors des personnages attachants et de l’univers chatoyant, est plus une curiosité perverse à propos des questions sexuelles qui vont être abordées dans les épisodes suivants. Questions qui mèneront toutes à un discours politique, prônant avant tout la tolérance (« apprends à aimer ton corps », « ne juge pas les autres »…). Et si ce discours plein de bons sentiments marche grâce au positivisme absolu de la série, il n’est pas censé prendre le pas sur un quelconque fil rouge. A mon sens, l’aspect politique doit servir la série, et non l’inverse. Et en faisant ça, Sex Education a peu de subtilité dans son discours. Ça marche, parce que ça traite de questions actuelles, questions qui plus est importantes pour des adolescents, mais c’est putassier. Parce que du coup, y a des connards qui gueulent sur les réseaux sociaux parce que ces discours seraient LGBT mes couilles, alors que c’est juste du bon sens, de l’éducation, dans la mesure où vous n’êtes pas du genre à rejeter les gens à cause de leur sexualité/ethnie/handicap (soyez gentils, ce n’est pas gentil d’être méchant, c’est mieux d’être gentil).

maeve
Maeve a un petit message pour les gens qui sont pas gentils.

Du coup, Sex Education, oui ou non ? Eh bien, je vous conseillerais de la regarder « pour vous vider le cerveau » (une expression de connard ça encore), pour passer le temps. L’optimisme de la série fout la banane, c’est indéniable, les personnages sont vraiment attachants, c’est parfois drôle, mais le manque de fond, et surtout d’un fil rouge mieux établi (autre qu’un personnage principal qui n’arrive pas à se branler) m’empêche de dire que c’est une très bonne série. Une narration est primordiale dans un teen-show, et la question politique, bien qu’intéressante, est trop appuyée. Ainsi, cette série, c’est un peu comme une entrée avant ton plat préféré : c’est assez bon, mais tu la manges vite pour passer à autre chose.

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