Société

L’agonie de l’agriculture française

Un exploitant sur deux se suicide tous les deux jours dans notre pays : un fait qui reste tabou malgré la mise à l’index croissante de la dureté des conditions de travail dans ce secteur professionnel. Être salarié agricole en 2019, c’est avant tout se sentir délaissé par une société de plus en plus urbanisée et sur-consommatrice, qui oublie chaque jour la contribution de ces producteurs fournissant la matière première de tout ce que nous nous mettons sous la dent.

Ce manque de reconnaissance qui frappe la plupart des agriculteurs français s’observe notamment au niveau des relations commerciales entre les exploitants et les principales firmes françaises dans le domaine de la grande distribution. En effet, les politiques agricoles menées par des groupes aux intérêts internationaux – Intermarché, Casino, Auchan et Leclerc, qui détiennent à eux quatre 90% du marché national des matières premières – axées sur la baisse des prix de productions comme le lait ou la viande avec pour but le développement d’une concurrence étrangère féroce, ne favorisent pas l’élévation des revenus ouvriers mais contribuent, au contraire, de plus en plus à leur baisse.

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Un rayon de lait Candia : des marges toujours plus basses pour des prix toujours plus hauts.

Selon l’Humanité, le prix d’une tonne de lait en 2014 était fixé à 360€ en moyenne, pour chuter fin 2016 à 303€ les 1000 litres. De même, en raison d’une sécheresse exceptionnelle ayant eu lieu dans le Nord de la France durant l’automne 2018, le prix des denrées animales connut une flambée inédite: selon un communiqué de Coop de France, un des principaux syndicats agricoles au niveau national, le prix du maïs a augmenté de 14,2% et celui du colza de 30%.

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Destin incertain.

Les salariés agricoles sont donc soumis à des contraintes économiques – et climatiques – considérables, et la majorité d’entre eux souffre de graves problèmes d’endettement, jusqu’à devoir vendre leurs bêtes pour finir le mois et ne pas mettre leurs exploitations en faillite – ce qui fut le cas pour des centaines d’entre elles en 2017. Une situation d’autant plus dramatique que le revenu moyen des agriculteurs français a été quasiment divisé par deux de 2012 à 2016. Il y a sept ans, il était en moyenne de 2000 euros, en majorité dans le secteur céréalier et fruitier : selon Le Figaro, il ne serait plus que de 1250 euros. Les ouvriers des secteurs laitiers et de la viande sont les plus touchés : la plupart vivent avec moins de 350 euros par mois tandis que les quatre plus grands groupes alimentaires fixant les prix de la production pèsent, selon Reporterre, “plusieurs dizaines de milliards d’euros de chiffre d’affaires”.

De nombreux agriculteurs le savent, leur profession est à l’agonie. De moins en moins de jeunes actifs souhaitent  se lancer dans l’exploitation d’une parcelle céréalière ou bovine – familiale ou non – au vu des conditions de travail harassantes que cela implique pour un salaire de misère. Les journées de travail tournent souvent autour de 12 heures dans le domaine céréalier. Un épuisement physique et mental qui engendre à l’arrivée bien d’autres soucis – isolement familial, endettement, etc. Agri’écoute, un numéro d’écoute accessible aux agriculteurs en détresse, a vu le nombre de ses écoutes exploser début 2016 – 1700 appels sur le premier semestre 2016, contre quelques centaines un an avant sur la même période de temps, selon France Soir.

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Un commentaire

      1. mdr c’était pas ça qui me fait bizarre, c’est plus que si on retourne la phrase elle dis : tout les deux jours, la moitié des agriculteurs se donnent la mort.
        Il ne resterai pas grand monde au bout de quelque semaine 🙂

  1. mdr c’était pas ça qui me fait bizarre, c’est plus que si on retourne la phrase elle dis : tout les deux jours, la moitié des agriculteurs se donnent la mort.
    Il ne resterai pas grand monde au bout de quelque semaine 🙂

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