Société

Interdire l’IVG, c’est tuer des femmes

Le 23 janvier 2017, Donald Trump signait un décret interdisant le financement d’ONG soutenant l’avortement. Le 15 mai 2019, l’interdiction de l’IVG était votée par le Sénat d’Alabama (USA). La législation sur l’avortement s’est vue durcie dans seize états des Etats-Unis d’Amérique, dont quatre d’entre eux qui l’ont interdit dès la sixième semaine de grossesse. Au Mississippi, un projet de loi, finalement refusé, visait à fixer légalement le statut d’être humain à partir de la fécondation et donc à interdire totalement le droit à l’IVG.

L’interdiction de l’IVG dans certains Etats aux Etats-Unis relance des débats sur l’IVG en France, alors que ce droit est essentiel et inconditionnel.

En France, l’IVG est légale depuis 1975, la loi ayant été portée par Simone Veil (RIP). C’est très récent, cela ne fait que 44 ans. Elle peut être pratiquée jusqu’à la fin de la 12e semaine de grossesse (autrement dit depuis 14 semaines d’aménorrhée, c’est-à-dire d’absence de règles).

Dans cet article, nous allons revenir sur les principaux arguments utilisés pour soutenir l’interdiction de l’IVG.

L’interdiction de l’IVG pour « sauver des vies »

Cet argument revient fréquemment, supposant qu’un embryon ou un fœtus est un être humain. D’un point de vue scientifique, il n’y a pas de consensus, le débat tourne plutôt autour de conceptions morales.

On peut néanmoins remarquer que la considération des embryons comme des êtres humains n’existe que pour empêcher les femmes de pratiquer l’IVG. On n’entend jamais cet argument pour revendiquer un droit aux allocations pour les femmes qui attendent un enfant par exemple.

En réalité, la question devrait plutôt être : pourquoi la vie d’un fœtus de moins de 6 cm devrait-elle être plus important que celle d’une femme ? Les femmes ne sont pas des incubateurs, personne ne devrait avoir le pouvoir de les forcer à voir leur corps, santé, train de vie, carrière, études, être modifiés et mis en danger.

Et n’oublions pas que l’illégalité de l’avortement n’a jamais empêché les femmes d’avorter. Encore aujourd’hui, une femme meurt toutes les 9 minutes d’un avortement clandestin. Les avortements clandestins sont pratiqués par des personnes non formées, avec des conditions d’hygiènes désastreuses. L’argument des « pro-vie » comme quoi interdire l’IVG sauverait des vies tombe à l’eau : interdire l’IVG, c’est tuer des femmes.

L’IVG comme moyen de contraception

On entend souvent parler de « ces femmes qui abusent de l’IVG », avec ce fantasme d’une jeune femme qui utiliserait l’IVG comme d’un moyen de contraception. Argument très facile à démonter, étant donné que les trois quarts des femmes qui pratiquent une IVG étaient sous contraception, et que toutes sortes de femmes, de tous les âges et de tous les milieux sociaux, avortent.

En effet, la contraception n’est pas sûre à 100%. Une pilule vomie, une prise d’antibiotiques qui annule son effet, une mauvaise utilisation des moyens de contraception, un oubli : tant de raisons qui peuvent mener à une grossesse non désirée.

C’est d’ailleurs pour cela que la diffusion des moyens de contraception et la sensibilisation à leur utilisation sont si importantes et indissociables de la question de l’IVG. Une population informée à propos de la contraception et qui y a accès, c’est une population qui voit son nombre d’IVG diminuer drastiquement.

Cependant, bien des anti-IVG sont également contre la contraception, arguant que c’est « contre-nature ». En réalité, le problème est toujours le même : le contrôle des femmes. Une femme qui a le contrôle sur sa fertilité, c’est une femme qui peut consacrer sa vie à autre chose qu’à l’entretien de la maison et l’éducation des enfants. La contraception est synonyme de liberté pour les femmes.

Et pour les femmes qui ne sont pas sous contraception ? En effet, il y a des femmes qui se retrouvent à devoir pratiquer une IVG car elles n’ont pas utilisé de moyen de contraception. Mais devons-nous rappeler que pour qu’une femme se retrouve confrontée à une grossesse non-désirée, il y a eu un homme dans l’histoire ? Les féministes martèlent depuis longtemps que la contraception n’est pas qu’une affaire de femme, que les hommes doivent se sentir concernés et s’investir dans la recherche et la prise de contraception : l’enjeu est là.

Le supposé futur père doit avoir son mot à dire

« No uterus, no opinion ». On connaît toutes et tous cette phrase, très utilisée par les milieux féministes, mais pas que. Si elle est très vendeuse, et pratique quand on ne souhaite pas argumenter (ce qui est tout à fait valable, débattre de ses droits est particulièrement éprouvant), elle n’est pas forcément très pertinente.

Ce ne sont pas les utérus qu’on cherche à contrôler, ce sont les femmes. Les femmes qui choisissent ce qu’elles font avec leur corps, qui choisissent comment elles mènent leur vie. Et si certains insistent sur le fait que les supposés futurs pères devraient avoir le droit d’interdire à leur compagne de pratiquer une IVG, c’est parce qu’ils considèrent que les hommes ont encore des droits sur les femmes.

C’est parce qu’ils déconsidèrent les femmes, qu’ils nous voient comme inférieures, qu’on appelle opinion le fait de dire qu’un homme devrait pouvoir décider à la place d’une femme.

Ainsi, je préfèrerai le « mon corps, mon choix ». Car l’IVG concerne les femmes, le corps des femmes, donc le choix des femmes. Personne, ni le conjoint, ni les parents, ni une autre femme, n’a à avoir d’opinion sur l’IVG pratiquée par une femme. Cela ne regarde qu’elle.

Comme déjà dit, une grossesse, puis le fait d’avoir un enfant, va avoir un gros impact sur la vie d’une femme. Il ne tient qu’à elle de décider si elle veut vivre ce changement.

De même, si une femme veut garder l’enfant, personne, pas même son compagnon, n’a à la forcer à pratiquer une IVG. Si monsieur n’est pas content, il dégage, et il pratique une vasectomie s’il veut vraiment éviter tout risque de grossesse.


Le retour en arrière concernant le droit à l’IVG est un retour en arrière général sur la question des droits des femmes. Nous parlons des Etats-Unis d’Amérique, mais il n’est pas impossible que cela arrive en France également. Et pour preuve, l’amendement récemment adopté par le Sénat, qui interdit aux femmes qui portent le voile d’accompagner les enfants en sortie scolaire, est un autre exemple de contrôle du corps et de l’image des femmes.

Là où on invoque la laïcité, concept dont beaucoup semblent avoir oublié la définition, pour justifier de telles mesures, il n’y a que le racisme et le sexisme. On exige des femmes qu’elles rentrent dans le moule occidental prévu pour elles, et si elles ne se soumettent pas, on les isole, on leur empêche l’accès au logement, au travail, on les exclut de la société.

Ces restrictions des droits et libertés des femmes ont pour but de les contrôler, de les obliger à adopter le comportement que de vieux hommes blancs au pouvoir choisissent pour elles.

Nous sommes en 2019 et on dicte encore aux femmes comment elles doivent s’habiller, comment elles doivent se comporter. La légitimation de cette violence à l’égard des femmes est grave ; nous nous devons de la combattre.

Gardons toujours à l’esprit l’avertissement de Simone de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. »

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