Lyon

Visite de Lyon #3 – Le quartier de Perrache

Les beaux jours reviennent, de quoi en profiter pour découvrir Lyon dans ses moindres recoins avec la Giclée ! On reste dans le 2ème arrondissement de Lyon, mais cette fois on va parler du quartier de Perrache, pour toujours plus d’anecdotes historiquement improbables !

Commençons par le commencement. Le quartier de Perrache doit son nom à Antoine Michel Perrache, le quartier n’existerait d’ailleurs pas sans lui. Avant le 17ème siècle, il n’y a rien dans ce quartier, puisqu’en réalité le confluent entre le Rhône et la Saône se situe au niveau de la place Carnot. Il faut essayer d’imaginer le truc : tout ce qui est au sud du quartier d’Ainay ressemble à des petits îlots de terre que l’on n’utilise pas, ou bien à des marécages. En 1770, notre cher Monsieur Perrache a l’idée d’assécher cette partie marécageuse pour agrandir les territoires de la ville. Même plus besoin de guerroyer pour conquérir des terres, c’est dingue ce que la technologie a fait pour nous.

Pour vous aider à imaginer, je vous présente une carte de Lyon au 18ème siècle. La petite pointe qui fait le bout, c’est bien plus ou moins la place Carnot aujourd’hui. Crédits : Gallica.bnf.fr

Bon, le moins qu’on puisse dire, c’est que son idée ne plaît pas à tout le monde. Mais notre petit Antoine Michel a quand même très envie de repousser le confluent, donc il monte sa propre compagnie pour lancer les travaux. Et, pas de bol, il meurt quelques années plus tard, en 1779, alors que les travaux sont très, très, très loin d’être terminés. Heureusement, sa sœur reprend le flambeau, et revend le chantier 3 ans après à un comte. Il faudra tout de même attendre 1839 avant que le quartier de Perrache ne soit totalement asséché.

C’est donc à cette époque-là que le quartier commence à se former. La gare de Perrache est inaugurée le 1er juin 1857, au plus grand bonheur d’un établissement qui fait partie aujourd’hui des plus renommés de Lyon : la Brasserie Georges.

La fameuse
Crédits : Ardélia Ferlat

Pour la petite histoire, elle a été créée en 1836 par un immigré alsacien, Georges Hoffherr. À cette époque-là, la ville de Lyon comptait 13 brasseries, qui se servaient toutes de l’eau de Lyon – jugée exceptionnelle – pour brasser leurs bières.

Et depuis, de nombreuses personnalités y ont eu leurs habitudes : Édouard Herriot, les frères Lumière, Jean Moulin, Tony Garnier, mais celui qui marque la brasserie d’une anecdote originale est Alphonse de Lamartine – oui celui de « un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». Il aurait encore aujourd’hui une note de 40 francs non réglées dans le registre de l’année 1857 !

Mais l’histoire que je voulais évoquer avec vous, qui a marqué les lyonnais et dont on se souvient assez peu de nos jours, c’est celle de la mère Bizolon.

La ville de Lyon est marquée par ses mères, ces femmes cuisinières qui sont à l’origine de l’histoire de nos bouchons et de la gastronomie lyonnaise ! D’origines modestes, elles ont des restaurants et proposent une cuisine simple, conviviale mais surtout raffinée. Une des mères lyonnaises les plus connues reste la mère Brazier, qui est d’ailleurs la première femme à remporter 3 étoiles au guide Michelin pour ses deux restaurants !

Le gras, la vie.

Mais on ne va pas vraiment parler de boustifaille, car l’histoire de la mère Bizolon est bien différente.

En 1914, Clotilde Bizolon n’a plus que son fils Georges, qui est mobilisé sur le front. Elle décide de participer à l’effort de guerre à sa façon en ouvrant un petit stand à côté de la gare de Perrache, où elle offre du café, du pain et du vin gratuitement à tous les soldats qui transitent par la gare. On l’appelle la « Maman des Poilus », et devient vite une personnalité locale et même nationale. Son fils meurt au front en 1915 mais elle reste dans sa petite échoppe, en offrant toujours à manger et surtout du réconfort à tous ces soldats. Elle peut continuer son action caritative grâce à de nombreux soutiens financiers qui viennent un peu de partout, et assez tardivement, la ville de Lyon lui construit un véritable abri pour continuer son « Déjeuner du Soldat ». Elle a servi les soldats jusqu’au 28 juin 1919, et a même été décorée de la Légion d’Honneur en 1925.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale se déclare en 1939, elle reprend du service dans sa petite cantine, mais elle décède quelques mois après le début des combats, le 3 mars 1940, des suites d’une agression qui restera un mystère.

Le 29 février, après avoir entendu des gémissements provenant de son appartement, son voisin la retrouve à terre, baignant dans une mare de sang. Elle est transférée directement à l’Hôtel-Dieu, et la mère Bizolon prononça ces mots avant de tomber dans le coma : « J’ai été attaquée par derrière par un jeune qui relevait les compteurs ». Elle est morte quatre jours plus tard.

Personne n’était dupe : certains individus tentaient d’abuser de sa générosité, et certains pensaient même qu’elle était riche. Ça ne faisait pas de doute pour les lyonnais de l’époque : la mère Bizolon a été victime d’un crime crapuleux.

Une enquête est toutefois menée, mais sans avoir le témoignage de la « Maman des Poilus », elle reste au point mort. Mais dans une autre affaire criminelle, la police arrête Stanislas Benedich, un homme pour le moins particulier, puisque c’est un unijambiste connu pour son agilité et ses cambriolages – et non, ce n’est même pas une blague.

 Mais alors qu’il est emprisonné, il s’empoisonne avec des cachets qu’il avait dissimulés dans sa prothèse, avec tout son matériel de cambrioleur. Ce suicide met la puce à l’oreille de certains : pour eux, c’est sûr, c’est lui l’assassin de la mère Bizolon. Tout le monde y va de sa théorie : cambriolage qui tourne au drame, meurtre de sang-froid, ou bien mystère qui ne pourra jamais être résolu ?

Encore aujourd’hui, on ne sait pas qui a tué la « Maman des Poilus », et on ne le saura probablement jamais. Mais si vous voulez en savoir plus sur la mère Bizolon, je ne peux que vous conseiller de vous rendre au musée Gadagne, où vous pourrez par exemple voir la louche qu’elle utilisait pour servir les soldats.

Allez, à bientôt pour de nouvelles histoires lyonnaises !

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