Société

PMA pour toutes et accès aux origines : où en est-on ?

La PMA, c’est la Procréation Médicalement Assistée. Elle permet d’aider les couples qui ont des difficultés à concevoir un enfant. Différentes techniques existent, comme l’insémination artificielle, la fécondation in vitro ou le transfert d’embryons.

En France, elle est encadrée depuis 2004, loi révisée ensuite en 2011. Cependant, seuls les couples cisgenres hétérosexuels (en âge de procréer, ayant une preuve de vie commune) peuvent y avoir accès. Les couples lesbiens, les femmes célibataires et les personnes trans en sont exclus.

A ce jour, les raisons pour lesquelles les couples peuvent avoir accès à la PMA sont une infertilité ou une maladie transmissible d’un des deux parents ; la modification de la loi bioéthique permettrait d’inclure l’impossibilité de procréer due à des raisons autres que médicales. La PMA pour toutes semblait être la suite logique des choses après l’adoption du mariage homosexuel en 2013, pourtant en 6 ans il n’y a eu aucune évolution malgré les nombreuses promesses des élus.

Une exclusion à la fois sexiste et lesbophobe

Pendant sa campagne, Emmanuel Macron avait notamment promis l’extension de la PMA à toutes les femmes. Cela fait désormais deux ans que la PMA pour toutes est repoussée, et les associations LGBTI et militantes lesbiennes commencent à s’impatienter. En 2018, Emmanuel Macron assurait qu’elle serait votée en 2019, et en mars 2019, Marc Fesneau – ministre chargé des Relations avec le Parlement – a fixé « un horizon de douze mois ». Autrement dit, pas de PMA pour toutes avant 2020.

Là où certains estiment que les droits des LGBTI sont acquis en France, une grosse injustice demeure pour les femmes lesbiennes (sans parler des droits des personnes trans et intersexes). Leur principal opposant est la Manif pour tous, collectif d’associations qui manifestait déjà contre le mariage homosexuel en 2013, et qui maintenant parle de « PMA sans père » pour désigner la PMA pour toutes. Là réside bien le problème dans l’extension de la PMA : elle serait alors accessible aux femmes sans aucun homme dans le processus. L’exclusion est bien à la fois homophobe et sexiste : homophobe parce qu’on refuse un droit à des femmes parce qu’elles ne sont pas hétérosexuelles, et sexiste parce qu’on refuse qu’une femme ou des femmes puissent fonder une famille sans l’avis d’un homme.

Les personnes trans (hommes trans ou personnes non-binaires), également concernées par la possible future extension de la PMA, ne sont même pas prises en compte dans l’équation. La « PMA sans père » veut surtout dire « PMA sans homme cisgenre ».

Pour ce qui est de la question du possible manque de figure paternelle pour l’enfant, elle a été soulevée de nombreuses fois, déjà lors des discussions autour du mariage homosexuel, et a été expliquée au moins autant de fois. L’enfant trouvera toujours dans l’entourage de ses parents des représentations masculines et féminines si il ou elle en a besoin, chez les grands-parents, les oncles et tantes, les ami-es des parents, etc.

La PMA pour les couples lesbiens à l’étranger

Supposer qu’aucune femme lesbienne française ne pratique de PMA serait oublier les nombreuses femmes qui vont à l’étranger pour concevoir un enfant. En effet, sept pays d’Europe ont déjà ouvert la PMA aux couples de femmes : la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la Finlande, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, et la Suède.

Plusieurs couples de femmes lesbiennes vont donc dans l’un de ces pays afin d’accéder à une PMA. Le problème étant, au-delà du fait qu’il y a une discrimination en France, que la PMA dans ces pays a un coût plutôt conséquent. Elle ne reste donc pas accessible aux couples de femmes lesbiennes les plus précaires.

En France, l’assurance maladie prend en charge la PMA, ce qui est un obstacle en plus par rapport à d’autres pays. En effet, financer la PMA des femmes lesbiennes, c’est non seulement légitimer mais aussi soutenir économiquement les femmes qui ne remplissent pas parfaitement leur rôle au sein du patriarcat.

Et même une fois la PMA faite à l’étranger, ce n’est pas fini : il faut encore que la maman qui n’a pas été enceinte parvienne à adopter son enfant. Avec le mariage homosexuel autorisé en 2013, l’adoption est possible, l’obstacle résidant dans le fait que la PMA est interdite pour les couples lesbiens en France. Cependant, plusieurs femmes ont pu adopter leur petit bout de chou ; c’est donc long et compliqué, mais possible.

L’accès aux origines pour les personnes conçues par PMA

En même temps que la question de la PMA pour toutes vient la question de l’accès aux origines pour les enfants nés de PMA. En effet, aujourd’hui l’anonymat est garanti aux donneurs et donneuses de gamètes ; les enfants nés de PMA n’ont donc pas de moyen de retrouver leur géniteur ou leurs demi-frères et sœurs. Cela peut poser problème, pour des questions d’identité et de santé, les enfants ne pouvant pas savoir d’où ils viennent, ni s’il y a des antécédents de maladie du côté de leur donneur ou donneuse.

Beaucoup, dans ce débat autour de l’accès aux origines, oublient que les enfants nés de PMA sont déjà là, adultes, et qu’ils ont un avis sur la question – qui semble plus légitime que n’importe quel autre. L’association Procréation Médicalement Anonyme, fondée en 2004, milite pour la reconnaissance du droit d’accès aux origines. Elle regroupe en majorité des jeunes nés de PMA, mais aussi d’autres personnes dont notamment des parents ou des donneurs. Sur son site, l’association regroupe différentes propositions pour permettre l’accès aux origines.

Sur le même site, on retrouve également plusieurs témoignages de personnes conçues par don, qui expliquent leur histoire, leurs ressentis et leur position par rapport à l’accès aux origines.


Les questions de la PMA pour toutes et de l’accès aux origines sont donc toujours d’actualité et, à part quelques promesses à l’oral, aucune proposition concrète et sérieuse n’a été faite de la part de nos élus.

Les personnes conçues par PMA ne sont que trop peu écoutées ; à part lorsqu’il s’agit d’instrumentaliser leur vécu pour rejeter la PMA pour toutes. L’accès aux origines est pourtant inévitable étant donné le développement des tests ADN, de plus en plus populaires. Ils permettent à ces personnes de retrouver leurs demi-frères et sœurs, voire même leur donneur ou donneuse, grâce à des comparaisons de leur ADN.

Les femmes lesbiennes sont une fois de plus mises à l’écart : elles sont les grandes oubliées. Les hommes politiques négligent leurs revendications. Les hommes cisgenres et gays, au centre des luttes LGBTI, considèrent que tous les droits sont acquis et ferment les yeux devant cette injustice. Les féministes hétéros ne se sentent pas non plus concernées et omettent la PMA de leurs revendications, la considérant comme une question LGBTI et non féministe.

Les Pride en France ont commencé et se prolongeront jusqu’à la fin du mois de juin, c’est l’occasion de porter la revendication du droit à la PMA pour toutes ! Et pour celles et ceux qui n’apprécient pas l’aspect trop festif et dépolitisé des Pride officielles, ouvrez l’œil, une Pride de nuit plus radicale s’organise peut-être près de chez vous.

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