Culture

L’éloge du rien

“Rien (du latin rem, accusatif de res, chose) veut dire étymologiquement “quelque chose”.” Conjuguez le film de Boris Mitic, L’éloge du rien, à la voix d’Iggy Pop et ce “quelque chose” en devient sentimental. 

La voix suave et grave berce les réflexions sur le monde qui nous entoure, cassant les codes de toutes sortes. Les scènes sont lentes, tout comme le temps qui s’écoule en une vie. Ici, le rien se livre à nous, emmenant le public dans une nébuleuse post-apocalyptique où la poésie règne. “Juste des portraits de vous et moi”, de la société contemporaine dans sa bêtise et son savoir sur une bande-son qui fixe le décor sauvage, pur ou encore chaotique avec des mélodies de cultures traditionnelles. Par le biais d’une longue chevauchée fantastique à travers les déserts, à pied dans les versants montagneux, en voiture sur le bitume, en bateau à voile sur les mers et océans, nous suivons le périple de ce mystérieux mot. En guide, il emmène nos regards contemplatifs devant des paysages et monuments où la magie opère.

Boris Mitić, “cinéaste du rien” comme il s’est défini à la suite de ce documentaire, est d’origine serbe, il a pour but de capter le réel. L’univers qu’il nous offre est un équilibre entre un narrateur au semblant de réel et des scènes relevant de l’irréel. “Le rien est un concept mécompris“, et en retracer son histoire a donné place à un projet de plus de huit ans. C’est ainsi que le sens de ses images semble vaciller entre une dimension quasi ethnographique et un labyrinthe poétique plus opaque où chacun est prié de trouver sa voie, où un champ de possibilités immense s’offre à nous, libre à chacun de s’approprier les tableaux et portraits qui défilent et de leur donner leurs significations.

Le Rien est là, nous regarde de ses yeux hagards; arriverons-nous à croiser son regard ? S’il faut dégager une chose essentielle de ce documentaire, il s’agit bien de la sagesse de chaque chose, dans leur forme la plus simple, leur essence même.

En nous se réveille notre origine, une origine du rien, le “big bang” où tout commença. “Le physicien russo-américain Andreï Linde, professeur à l’université de Stanford, est connu pour avoir imaginé un scénario des premiers instants de la Création dans les années 80. Quelques milliardièmes de milliardièmes de seconde après l’étincelle des origines, l’Univers se serait gonflé comme une baudruche à une vitesse vertigineuse.” (- source Le Figaro) Certains sont effrayés par cette origine issue de nulle part, car “qu’y avait-il avant ?”.

«La découverte des premières traces de l’Univers primordial ouvre des perspectives qui n’ont pas encore été évoquées, affirme le cosmologiste Aurélien Barrau, auteur de Big bang et au-delà (Dunod). Elle pourrait remettre en cause notre conception même du big bang.» Il faut se mettre en tête que la situation dépasse l’entendement pour nos cerveaux cartésiens. Se figurer que l’intégralité de l’Univers puisse tenir à un moment dans une tête d’épingle, cela paraît absurde. Mais que l’Univers microscopique en question puisse se transformer en géant en une fraction de seconde tel un ballon de baudruche s’approchant de l’éclat, ça l’est encore davantage…

Boris Mitic a réussi a faire jaillir tout cela à travers ses plans sublimes. “Rien est un mot spécieux qui ne veut rien dire. Rien m’a toujours mis la puce à l’oreille.” – Nicolas Bouvier

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