Société

Seins nus à la Pride : une revendication qui choque encore

Pendant le mois de juin, des marches des fiertés ont eu lieu dans toute la France. Ces événements sont essentiels pour les personnes LGBTI qui souhaitent revendiquer leurs droits et leurs existences. Entre fête et militantisme, les Prides permettent de s’approprier un lieu hostile : la rue. En effet, encore aujourd’hui, la rue est considérée dangereuse pour beaucoup de personnes LGBTI. Regards, insultes, agressions, autant d’actes qui les obligent à rester discrètes.

Ainsi, les militant-es LGBTI expliquent que la rue est un espace appartenant aux hommes cisgenres. Ce sont ceux qui font le plus de bruit, qui harcèlent les femmes et les LGBTI, et qui n’ont jamais peur d’y marcher seul le soir. Les marches des fiertés sont donc l’occasion pour les femmes et les LGBTI de réclamer leur droit à exister dans la rue sans subir d’agression ou de harcèlement. C’est une des raisons pour laquelle plusieurs femmes et personnes trans font le choix de défiler torse nu, sans soutien-gorge. Cependant, même à la Pride, espace censé être « safe », leur choix ne passe pas inaperçu.

Maa et Zoé ont fait le choix de défiler seins nus à la Pride, ils expliquent leur expérience.

Des regards déplacés

Maa raconte : « Les seules choses qui me sont arrivées, ce sont des regards., notamment de la part de photographes. Ce sont plus des agressions au niveau de mon consentement à être pris en photo. Cela m’est arrivé trois ou quatre fois. Quand je m’en rendais compte, je cachais ma poitrine, et je les regardais de sorte à ce que l’on comprenne que non, je ne voulais pas. ». De ce qu’il a pu observer, les photographes en question étaient tous des hommes cis. Zoé a elle aussi expérimenté des « regards insistants (de haine ou de perversité) et des tentatives de photos sans accord ». Comme pour Maa, à son avis ce n’était que des hommes cis. Elle ajoute tout de même : « certaines femmes avaient l’air “choquées” mais elles n’étaient pas agressives. ».

Les photographies à la Pride sont un sujet délicat. Même si le but est de marcher avec fierté, plusieurs personnes LGBTI y vont sans être out auprès de leur entourage. Leurs proches n’étant pas au courant de leur appartenance à la communauté, être photographié-e à la marche des fiertés peut potentiellement les mettre en danger. C’est pourquoi il est souvent conseillé aux photographes de flouter les visages s’ils n’ont pas obtenu d’autorisation de diffusion de la part des personnes concernées. Cependant, beaucoup de personnes LGBTI se cachent systématiquement des photos, pour ne prendre aucun risque.

Outre la question des photographies, on pourrait se dire, bien entendu, qu’il est normal que des seins nus puissent choquer. Et en effet, c’est compréhensible, même si la Pride est censée être un lieu où les personnes seins nus sont plus facilement acceptées et en sécurité. Maa explique : « C’est censé être un espace safe pour toutes les minorités […] Après en pratique, hélas, il existe très certainement encore des situations d’agressions voire plus. Même au sein de la commu’, on doit faire attention. Le rêve c’est qu’elle puisse être safe et politisée. ».

Pourquoi marcher seins nus ?

Choisir de marcher seins nus, qu’on le veuille ou non, c’est politique. En effet, pour Zoé: « J’ai des seins que j’ai exposés pour lutter contre le sexisme qui persiste (et parce qu’il faisait chaud) ». Cette action sera pour elle une expérience militante qui l’aura confortée dans ses idées : « Au moment où c’est arrivé [les regards insistants] je me suis sentie honteuse, je gardais le bras sur mes seins et je regardais partout autour de moi les photographes. Maintenant je me dis que c’était un risque auquel je m’exposais mais je n’ai et n’aurai jamais honte de ma poitrine, alors je ressors plus militante encore car je sais maintenant que même dans des événements soi-disant safes il y a de la discrimination. ».

Maa aussi parle politique et revendication féministe : « Dans ce genre d’événements on revendique nos droits. Notamment de ne pas être sexualisé-e à tout bout de champ. ». Lui avait fait le choix de mettre des scotchs sur ses tétons, en écho à la censure exercée sur les tétons uniquement dits « féminins » par les réseaux sociaux.

Quelles solutions pour faire évoluer les choses ?

Maa et Zoé évoquent tous deux un point important : le besoin urgent d’arrêter de sexualiser à outrance les seins. Dans nos cultures occidentales, les seins sont perçus comme une partie intime, qu’il faut dissimuler ; ce qui n’est pas le cas dans d’autres cultures. Pour Zoé, cela passe par « une meilleure éducation en général pour faire changer les mentalités, et que les réseaux arrêtent de censurer et sexualiser les tétons féminins. ».

Maa insiste en plus sur la notion de consentement : « Commençons déjà par sécuriser ces espaces, ce serait déjà énorme. Que l’on fasse comprendre que le consentement n’est pas qu’un mot. Ou qu’il ne s’arrête pas à la définition du Larousse. Que ce soit pour les photos, contacts etc… Nous restons, même seins nus, des individus. Ce n’est pas parce qu’on est seins nus, qu’on désire être de simples objets. ».


La Pride était l’occasion pour militer contre l’hyper-sexualisation des seins. Malgré les regards déplacés et le non-respect du consentement, c’est un lieu où l’on peut porter des revendications.

Aujourd’hui, la loi interdit aux femmes et à toutes les personnes ayant des seins de se mettre torse nu dans la rue. Les hommes, eux, ont le droit, à moins qu’un arrêté municipal ne le permette pas. Cette inégalité fait réagir, d’autant plus lors des périodes caniculaires. Certain-es demandent à ce que les personnes avec des seins puissent également faire tomber la chemise, d’autres réclament que personne n’ait le droit de se balader torse nu en public. En tout cas, un traitement égalitaire est souhaité.

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