Société

La jeunesse désenchantée face à son destin

D’ici la fin du siècle, nous aurons gagné 7° de plus et en quarante ans 60% de la population animale sauvage a disparu de la Terre. Rappelons ainsi que nous sommes officiellement rentrés dans une urgence écologique. Et pourtant, force est de constater que la plupart des personnes continuent à vivre comme si de rien n’était, se questionnant encore principalement sur des choses futiles et sans importance.

Tandis que nous sommes arrivés à un point critique de l’histoire de l’Humanité, tout le monde persiste à se réfugier derrière des divertissements triviaux. Les réseaux sociaux sont devenus la toile d’un artiste incontournable que l’on nomme, sans retenue, hypocrisie. Tel jour, nous nous insurgeons des catastrophes naturelles qui dévastent la Terre et le lendemain, sans aucun scrupule, nous publions sur les réseaux une photo du super voyage à Bali que nous avons fait le mois dernier.

Alors que le premier sentiment qui m’a parcouru en constatant le fatalisme qui anime la plupart des gens face à leur propre destin a été la colère, c’est davantage de l’angoisse que j’ai fini par ressentir. Il est d’autant plus rude de s’apercevoir que cet esprit général ne relève pas d’une simple quiétude mais bel et bien d’un profond sentiment d’impuissance. Moi-même, en pointant du doigt cette hypocrisie, si je décidais d’avoir un impact sur la situation, je ne saurais pas comment faire. Nous ne sommes finalement que les spectateurs désarmés qui regardent, du fond de la salle, le jeu occulte des acteurs sur une scène en flamme. Qui croit encore que le Sommet Action Climat ce lundi va réellement permettre aux dirigeants politiques de fermer les portes de l’enrichissement pour se tourner vers la sauvegarde de la Terre ?

Qu’il est harassant de vivre dans un monde où l’empathie a été troquée pour l’argent. Les enjeux économiques et politiques mondiaux sont devenus, avec la mondialisation, un enchevêtrement incroyablement complexe de fils sur lesquels chacun tire pour influencer l’autre et obtenir “gain de cause”. On entend souvent parler des liens d’interconnections entre les acteurs et qui fait qu’une décision prise à un endroit a des répercussions à un autre. Par exemple, la surconsommation des pays développés impacte les pays d’Afrique qui sont les premiers directement touchés par le réchauffement climatique. J’aimerais que le monde ait assez de sensibilité pour considérer ce constat sérieusement. Et pourtant, la majorité des citoyens, malgré les critiques qu’ils adressent aux dirigeants politiques, imitent ce comportement de passivité. Car malgré les révoltes passagères de certains, ils ambitionnent de devenir les prochains chefs d’entreprises ou commerciaux au sein d’une structure insalubre.

Par ailleurs, il m’est confortable de penser que la jeune génération camoufle ses tendances anxieuses derrière un comportement souvent hypocrite. A la différence des personnes plus âgés, les jeunes héritent d’un passé empoisonné et portent la casquette de “sauveurs”. Mais avons-nous réellement les épaules, les compétences et le discernement nécessaire pour se livrer à ce vain combat ? Alors que nous sommes ceux qui doivent réajuster la balance, nous sommes aussi ceux tétanisés par l’avenir de ce monde.

Et si comme l'”ancienne génération”, j’ai aussi été méprisante des comportements futiles et de l’engouement pour les réseaux sociaux des jeunes, je comprends à présent qu’ils sont l’unique échappatoire pour oublier la réalité. On demande aux enfants de se responsabiliser par rapport à des enjeux mondiaux qui sont hors de portée, déjà enclenchés voire qui ne peuvent plus être résolus. En l’espace de cinquante ans, la bêtise et l’avarice des Hommes ont ravagé la quasi totalité des ressources naturelles. Et tout en étant confrontés à cet avilissant constat, on demande aux jeunes de faire preuve de maturité alors même que les dirigeants politiques à la tête des plus grands puissances mondiales sont dépourvus d’empathie, de rigueur et de conscience. Peut être qu’ils sont simplement aussi désarmés que nous face à l’ampleur de la situation, mais à vrai dire, j’ai du mal à le croire.

Qu’il est devenu difficile d’avoir un regard positif sur la capacité des Hommes à faire changer la situation. Le cercle vicieux dans lequel nous sommes tous plongés continue de perdurer: angoisse, passivité, déception, impuissance et ainsi de suite. Et s’il n’existe pas de réelle solution à ce schéma, il faut j’imagine, persister malgré tout en essayant de faire de notre mieux.

Crédits photo: Jules Chanvillard.

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