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Bulle de lettres #1 – Respire…

Respire… C’est la première chose que l’on attend d’un être vivant au sortir du ventre de sa mère ou de sa coquille. Prendre cette première bouffée d’air, parfois bien douloureuse, et vivre. Respirer, ce qui semble si anodin peut parfois devenir la plus difficile des épreuves à surmonter. L’air que l’on inspire, qui remplit nos poumons, peut devenir le plus toxique des poisons.

Respire… C’est ce que mon inconscient a certainement dû me dire, dans les pires situations de ma vie. Respirer à fond pour oublier la difficulté du moment à vivre, essayer d’oublier ce qui est en train de se passer, ce que mon corps traverse en cet instant où je me trouve allongée sur ce lit. Je sais que ça se reproduira, pour combien de temps? Aucune idée mais ça arrivera et il faudra que mes poumons s’habituent à cet air empoisonné. Oublier ? Jamais, mais respirer peut m’aider. Du moins c’est ce que j’ai entendu durant ma thérapie.

Respire… C’est aussi ce que j’ai cru entendre, en écho dans ma tête, toutes ces fois où il a fait couler des larmes sur mes joues. Pas de coups, pas de bleus. Pas de traces ? Invisibles seulement, mais bien réelles pourtant. Des mots, des piques, des clous qu’il envoyait contre moi. Prendre l’air, littéralement, pour éviter de devenir aussi violente qu’il a pu l’être. Ça n’a pas toujours été le cas mais respirer, vivre, c’est aussi grandir.

Respire… C’est oublier ce que je me fais à moi-même, quand personne ne me regarde, même si j’espère au plus profond de moi que quelqu’un ouvrira la porte, même par inadvertance, pour briser cette bulle d’épines que je me suis créée alors que le sang abonde sur mon corps. Cette fois les traces sont visibles et je ne tente même pas de les cacher, mais personne ne regarde dans la bonne direction, trop occupée par leurs problèmes auxquels je préfère donner une importance toute particulière en comparaison de ma propre existence.

Respire… C’est effacer les blessures du cœur. Quand il a décidé de partir, quand il a détourné son regard du mien pour l’insupportable manipulatrice que nous continuions à appeler « amie ». Ma respiration est saccadée, mes veines se vident à nouveau. Respirer devient difficile, l’harmonie de l’air qui circulait entre nous se désaccorde. Dans les soupirs de mes larmes, je souhaite qu’il revienne mais dans le souffle de mes mots, je sais qu’il ne le fera jamais. La mémoire de son odeur s’imprimera dans ma tête pour toujours.

Respire… C’est ne pas trop réfléchir, ne pas trop penser à tout ce qui m’effraie, aux adieux que je ne veux pas prononcer, aux amis que je ne veux pas quitter. C’est oublier que le temps avance et que la pulsation de mon cœur, orchestrée par ma respiration, ne ralentit pas les années qui passent. C’est apprendre à laisser partir les autres sans regrets, apprendre à avancer seule avec le sourire et ne garder que les bons souvenirs de ceux qui s’en vont.

Respire… C’est ce qui terminera ma vie, ce qui clôtura cette histoire et ce texte. Et alors que je repenserai à tous ces moments où inspirer fut une épreuve, où inspirer fut une joie, où inspirer fut simple mécanique du vivant, j’expirerai pour la toute dernière fois, cédant ma place à un nouveau souffle, qui continuera de faire battre le rythme de la vie jusqu’à ce que l’ensemble de ce qui constitue le vivant s’éteigne sur un dernier soupir de soulagement.

Respire…

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