Société

Petite insertion dans le milieu carcéral

Regard sociologique d’une institution en danger

La prison constitue un milieu trouble pour la plupart de la société civile, c’est un sujet qui divise. Elle est un monde « à part », en dehors de la société. Néanmoins, une autre forme de société existe en prison, celle des déviants, qui constitue une menace potentielle pour celle des individus libres du dehors. Les détenus sont perçus comme un danger au bon déroulement des relations sociales au sein de la société libre, c’est pourquoi ils sont enfermés. C’est là un fondement de la prison, protéger la société libre et appliquer la peine d’un condamné. 

Si le modèle de la prison est depuis peu remis en question, comme le montrent les prisons ouvertes en Suède ou en Norvège par exemple, les prisons françaises restent, quant à elle, cloisonnées. 

Si la violence, les crimes, et le monde carcéral sont adaptés en chiffres la plupart du temps, voici dans cette vague de données statistiques, l’expérience d’un ancien détenu. 

Les propos recueillis ont eu lieu lors d’un entretien avec un ancien détenu emprisonné pendant plus de trente-cinq ans pour des actes de grand banditisme. 

La violence normalisée

Le monde carcéral est violent: « de la violence, il y en a tout le temps ». Les non-dits sont glaçants durant l’entretien : « Y a des trucs que je peux pas t’expliquer après, mais ça peut aller très loin ». Ainsi, la position de déviant s’oppose à une grande partie de la société, il adopte d’autres valeurs qui, dans ce cadre, sont omniprésentes. La violence règne, et elle peut être considérée comme un moyen d’expression légitime, ce qui explique les nombreuses insultes et le ton violent des échanges en prison.

Aussi, les surveillants peuvent être violents de par la pression et le pouvoir qu’ils ont : « l’uniforme est un dédoublement de personnalité » remarque l’ancien détenu. L’entrée en prison marque la rupture avec la société, une rupture au moins partielle des relations sociales qu’avaient les détenus. L’incarcération est d’autre part le lieu de nouvelles relations, mais au sein d’un milieu violent. Les détenus peuvent s’adapter à ce milieu par la violence, comme l’enquêté. Si pour lui, ces rapports semblent normaux, ils sont différents de ceux pratiqués à l’extérieur.

La réinsertion difficile

Au sens du droit, la prison a deux missions. Premièrement, la détention pour contenir ces individus dangereux et deuxièmement, leur réinsertion. Selon le site du gouvernement, « l’administration pénitentiaire n’a pas pour unique mission la garde des détenus. Elle doit aussi prévenir la récidive et contribuer à l’insertion ou à la réinsertion des personnes qui lui sont confiées par l’autorité judiciaire. Cette mission relève tout particulièrement des services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP) ». Ainsi, il est clair que la prison n’a pas pour seul but de surveiller et de punir, mais de préparer à la sortie et au retour à une vie d’individu libre en société. 

La volonté de sortir était féroce chez l’ancien détenu, qui semble horripilé par ce milieu. Après plus de trente ans de sa vie passés en prison, il a le désir de vivre sa liberté : « Moi je veux voyager, je veux vivre ». Néanmoins, la sortie de prison n’est pas simple à effectuer. Il faut affronter le regard de la société civile. Selon l’enquêté, il faut « faire rentrer la société civile à l’intérieur » puisqu’il y a beaucoup de fausses informations qui sont diffusées sur la prison et les détenus notamment sur le relatif confort des détenus.

« Tant que la société continuera de penser que dans les prisons, les gens sont biens et qu’on leur donne tout, il y aura un malaise. Parce que moi, toutes les télévisions que j’ai eu dans les prisons, je les ai payées de ma poche, tous les frigos que j’ai eu, je les ai payés de ma poche, tout ce que j’ai acheté à manger, je l’ai payé de ma poche. On m’a rien fait cadeau ! ». 

La prison marque l’individu qui en sort. Que ce soit de par les agissements acquis lors de la socialisation en prison ou par la perception de la société civile, le passage en prison laisse des traces sociales sur l’individu : « Parce que, une personne qui sort de prison, que tu le veuilles ou non, c’est une personne qui sort de prison ». L’ancien détenu finit même en disant : « Mais on n’a jamais payé dans ce pays, on n’a jamais payé. ». 

Ainsi, même si pour l’enquêté le désir de reprendre une vie normale est fort, son vécu de la prison l’en empêche en partie. La perception sociale de la prison par les individus de la société civile est assez négative, selon lui. La prison semble lui avoir laissé une sorte de marque sociale pour qui veut la voir. 

Si la prison se doit d’organiser la réinsertion de ces passagers, on remarque que cette mission reste difficilement réalisable. La surcharge des prisons françaises et surtout la vision même du but du passage en prison sont des facteurs du haut taux de récidive qui monte à plus de 50%. La barrière morale entre la dureté de la punition, l’écartement du monde civil et la réinsertion par la suite est source de clivages empêchant l’évolution de l’organisation et du but des prisons en France. 

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