Société

La “Congolexicomatisation” des lois du marché, qu’est-ce que c’est ?

Lors d’une interview donnée en 2013, l’auto-proclamé « plus grand savant de la République Démocratique du Congo », le dénommé Eddy Malou, a prononcé le mot « congolexicomatisation », qui a marqué les esprits.

Prononcé par Eddy Malou lors d’une interview portant sur le sport, le terme de congolexicomatisation a tout de suite symbolisé l’apparente absurdité de cette interview.

Le savant évoque en effet une multitude de termes, à première vue sans liens logiques les rassemblant, avec une rapidité déconcertante aussi bien pour le journaliste que pour les internautes. L’interview devient populaire en 2013, année où elle est postée sur YouTube, et notamment reprise dans « What the Cut », émission du vidéaste Antoine Daniel. La vidéo compte plus de 6 millions de vues à ce jour.

L’interview a des caractères comiques ; mais le savant serait plus sérieux qu’il n’en a l’air. Évoquant les conditions socio-économiques de la RDC, il fait référence à de nombreux termes sociologiques et économiques, comme la Théorie des Organisations, mais le rythme de son élocution et ses fréquentes interruptions rendent son discours grotesque et amusant. Scientifique incompris en proie à des troubles du langage, ou comique des rues de Kinshasa ? Focalisons-nous plutôt sur la signification du terme qui a rendu Eddy Malou célèbre.

Le terme « congolexicomatisation » semble être une invention du savant. Le mot est d’abord formé à partir du nom Congo, désignant donc la RDC (à ne pas confondre avec la République du Congo). Suivi d’un verbe : lexicomatiser, accompagné du suffixe -ation. Ce mot-valise désigne donc la réalisation de quelque chose s’appliquant uniquement à la RDC.

Le verbe « lexicomatiser », lui aussi invention de Malou, est formé du radical lexico désignant ce qui a rapport au lexique et à la dénomination des choses, et du suffixe -iser, donc agir sur les dénominations des choses. Cette première interprétation explique ainsi le mot comme “rendre congolaise la dénomination des mots”, traduire. Mais quels mots ? En quelle langue ? L’explication reste floue.

Mais on peut plus simplement trouver une deuxième interprétation. On retrouve ainsi le mot latin lex, signifiant les lois. Associé à Congo, le verbe lexicomatiser voudrait dire “rendre congolaises les lois”. Pour résumer, la « congolexicomatisation », est-ce changer la dénomination du vocabulaire pour le rendre plus “congolais”, ou est-ce réaliser l’action de rendre congolaises les lois, mais quelles lois et pourquoi ?

Il faut, bien sûr, lire le reste de la phrase pour comprendre le sens du mot : « … pour que nous puissions avoir la congolexicomatisation des lois du marché propre aux Congolais. » Ainsi ce terme s’applique aux lois du marché économique, elles-mêmes appartenant aux Congolais. C’est donc à l’ensemble qu’il faut s’intéresser après avoir analysé ce néologisme. Il s’agirait donc de rendre congolaises les lois du marché de la RDC. Même après avoir déchiffré la phrase, la signification en reste floue.

Il faut donc adresser le sujet des lois du marché congolaises. Selon la Banque Mondiale, la RDC est 176ème sur 186 pays en terme d’IDH et figure parmi les plus pauvres. Le marché domestique est négligé, et le pays est mal intégré dans la mondialisation, dépendant de l’exportation de quelques matières premières, dont le cuivre. Face à la dépendance congolaise, Eddy Malou fait passer un message simple avec un vocabulaire, lui, bien plus complexe : réduire la dépendance du Congo aux marchés étrangers, pour ce faire, valoriser les lois du marché congolaises, rendre les lois du marché moins dépendantes de l’étranger, par exemple en affirmant la souveraineté congolaise, ou en favorisant le développement d’entreprises congolaises, au détriment des firmes transnationales.

Peu après la publication de cette vidéo, d’autres interviews ont suivi, et appuient cette théorie d’Eddy Malou, politologue des rues. Celui-ci fait référence avec plus de clarté à son opposition au système politique congolais, désirant une plus grande participation des intellectuels et des savants (lui compris, évidemment) au gouvernement, et déclarant haut et fort vouloir être partisan de la Renaissance Africaine… sous les rires de son public.

Un article rédigé par Louis Bonnentien.

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