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J’ai un problème avec le Outting

Si tu es Queer, crie-le ! […] Sois FierE ! Fais ce que tu dois faire pour te tirer de ton état d’acceptation coutumier. Sois libre. Crie. […]

L’invisibilité est notre responsabilité. […] Quand je risque tout pour être out, je prends ce risque pour nous deux. Quand je risque tout et que ça marche (ce qui arrive souvent si tu essaies), j’en bénéficie et toi aussi. Quand cela ne marche pas, j’en souffre et toi non.

Queer Manifesto, Queer Nation, 1990

Qu’est-ce que c’est le outting déjà ? Outter quelqu’un c’est le fait de « révéler publiquement, sans son consentement, qu’une personnalité a des relations homosexuelles ». Quand on subit un outting, on est outté. Se faire outter c’est choquant, voire douloureux. Plusieurs groupes queer avaient recours à cette pratique. Aux origines, le outting visait une personnalité publique qui, malgré son orientation sexuelle, nuisait par ses propos publics ou ses actes aux droits et/ou à la sécurité de la communauté LGBTI+.

Cependant certain•e•s militant•e•s ont commencé depuis quelque temps à en faire un cheval de bataille, se mettant à révéler l’orientation sexuelle de personnalités publiques dont l’orientation sexuelle et/ou le genre n’influe aucunement sur leurs propos et dont le domaine d’expression n’influe que de très loin sur la communauté queer, pensant que toute personnalité publique devrait révéler son orientation, pour un soucis de visibilité de la communauté.

Même, il y a certains membres de la communauté qui, et ce depuis toujours, vont outter des personnes ordinaires, qui n’ont pas encore fait leur coming-out ou qui vont à la marche de fierté masqué•e•s pour des raisons de « j’ai pas envie qu’on voit ma gueule sur des photos de la Pride ».

Le outting pouvait déjà être dangereux pour la personne qui le subissait lorsque des groupes comme Queer Nation le mettait en pratique simplement par des affiches ou des slogans criés dans les rues ou sous les fenêtre de la personne. Mais aujourd’hui, à l’heure d’Internet, outter une personne par le biais des réseaux sociaux, c’est l’exposer à une haine massive qui peut exister sous forme de cyberharcèlement ou de violence physique, y compris dans des lieux qui ne sont pas son lieu de vie puisque cette personne a sa gueule visible simplement en tapant son nom sur google. Tellement facile pour n’importe quel.le connard.sse qui veut casser du pédé un peu connu pour se sentir viril devant ses potes homophobes.

Aujourd’hui, de nombreux•ses militant•e•s se revendiquent comme pratiquant•e•s du outting, car ielles jugent que ne pas être out, c’est nuire aux luttes LGBT+. C’est ce que revendiquait déjà Queer Nation en 1990. « TouTEs ceux/lles qui affirment que faire son coming-out ne fait pas partie de la révolution n’ont rien compris. »

Source : Lesbian and Gay Pride Lyon

Or, révéler l’orientation sexuelle d’une personne, c’est l’exposer à des risques, encore aujourd’hui en 2020. Dire qu’une personne est homosexuelle, c’est l’exposer à des coups dans le visage, la perte d’un toit familial, des thérapies de reconversion, des insultes, des moqueries et des tentatives de meurtre, alors que cette personne n’a pas consenti à y être exposée. Le outting va à l’encontre du consentement d’une personne.

Quand on est militant•e, il y a des jours très difficiles où on aurait envie de hurler sur les personnes queer qui ne font rien et à qui nos actions et nos combats finiront par profiter sans qu’ielles n’aient rien fait. Mais c’est un choix que nous avons fait sans les concerter que d’aller à la Pride avec d’immenses triangles roses et noirs, alors respectons leur choix de silence ou de demi-silence (dans le cas d’une personnalité publique qui estime que son public n’a pas à connaitre son orientation) en n’interférant pas dans leur vie privée.

Je suis une personne queer out. De temps en temps, je mets une perruque, un binder et une fausse bite, aux beaux jours je vais à la Pride de ma ville et je ne perds pas une occasion de dire qu’on doit me laisser lécher des timbres tranquille, parce que ce que je fais des mes organes génitaux ne fait de mal à personne. Je hurle quand on cherche des explications psychologiques traumatiques à la transidentité de mes ami•e•s, ou qu’on accuse ma vie amoureuse d’être un effet de mode.

Je ne suis pas une partisane du « pour vivre heureux•se vivons caché•e•s » et pourtant je ne me permettrai jamais de dévoiler l’identité amoureuse et sexuelle d’une personne qui aurait choisi de ne pas la dévoiler. Parce que je ne me rappelle que trop combien de temps j’ai mis avant d’oser parler à ma mère de mon penchant qui m’amenait à pouvoir aimer tout le monde de manière inconditionnelle, alors même que mes parents n’ont jamais émis de jugements intolérants sur mon identité. Parce que je ne me rappelle que trop à quel point mon cœur s’est emballé la première fois que j’ai tenu la main de ma copine dans la rue et que cette accélération n’était pas due qu’à l’amour. Parce que je ne me rappelle que trop à quel point j’ai cru que je ne rentrerai jamais en un seul morceau chez moi la première fois que je suis rentrée seule, la nuit, habillée en king tout en priant pour que les gens pensent que c’est un déguisement (alors même que ce terme me fait horreur lorsque l’on parle de ma tenue de guerrier), et parce que malgré tout le courage dont je peux me doter, je ne me rends jamais seule à la Pride en homme de peur de tomber sur d’immondes personnes LGBTQphobes.

Le outting est une arme politique dangereuse et violente, qui se retourne inévitablement contre un membre de la communauté que l’on souhaite aider. Le outting, c’est violer le choix d’un frère ou d’une sœur.

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