Etudiant

Apprendre à mieux vivre sa quarantaine

Universités fermées aux quatre coins du monde, transports en commun désertés et évacués, rassemblements interdits, achats compulsifs dignes des plus extrêmes survivalismes, que penser d’un tel basculement, que faire face à la psychose, que devenir, qu’en retenir ? La Giclée vous livre ses analyses, ses interrogations et ses doutes quant à l’épidémie de Covid-19.

Sur le quai du T2, ce matin, ils ne sont que deux à braver le tramway pour se rendre au campus de Porte des Alpes, entre hésitations, doutes et certitudes. « Je ne sais pas trop si je dois y aller ou si je dois rester chez moi » nous confie Camille, étudiante en lettres classiques. De son côté, Douan, lui, ne se fait pas d’illusions : « De toute façon on est tous porteurs, alors bas les couilles frère ». Le tramway arrive, ils entrent tous deux dans une rame quasi vide et les voilà partis. Sur place, un campus désert, quelques étudiants en masque et deux communistes qui s’affairent sur la machine à café avec un gel hydroalcoolique. « Ils n’auront pas Jean-Pierre [NDLR le nom de leur machine à café] » « Nique le corona » scandent-ils à notre micro. En avançant, nous remarquons que les groupes sont dispersés, il n’y a plus que des personnes isolées, à chaque coin des couloirs, à chaque coin du forum, à chaque coin de la bibliothèque. Les livres, eux, ne peuvent plus être touchés qu’avec un gant en latex préalablement engorgé de gel hydroalcoolique. Au restaurant U, les règles se sont durcies, plus question d’ouvrir la bouche pour manger, un système a été mis en place ce vendredi pour absorber les aliments par voie nasale, à l’aide d’un petit tuyau. Tous les aliments sont ainsi mixés pour être ingurgités par la personne. Aucun contact entre les assiettes et la personne. Pour boire, il est possible de se procurer un spray brumisateur automatique. Il suffit de se mettre devant le pulvérisateur, la bouche ouverte, jusqu’à recevoir de fines gouttelettes d’eau, une sorte de giclée en quelque sorte. Nous décidons de rendre visite aux têtes pensantes de l’Université, afin de comprendre ces mesures et de connaître les chiffres d’étudiants en quarantaine. « C’est entre 30 et 450 cas qui sont recensés dans notre établissement » « Ici, nous avons décidé de garder notre établissement ouvert pour que les étudiants ne se sentent pas isolés chez eux. Ça pourrait empirer les choses et on connaît les écarts que peuvent faire les étudiants qui vivent seuls en quarantaine. Chez nous, on est un peu comme une famille. On s’aime. » A notre question « Et pour les étudiants en quarantaine, vous voulez leur faire passer quoi comme message ? », notre interlocuteur s’est voulu clair : « Restez chez vous ».

A notre départ du campus, nous n’avions qu’une idée en tête: permettre aux étudiants et étudiantes qui nous suivent, qui nous aiment et qui sont aimés par l’Université même s’ils sont en quarantaine, de vivre sereinement leur quarantaine. Car c’est un style de vie à adopter, à comprendre, à discerner, méditer, un mode de vie avec lequel il faut flirter.

Vivre en quarantaine, c’est d’abord vivre en liberté

Plus d’école, plus d’université, plus d’études, plus de courses, plus de pannes de métro, plus de connards du tramway qui t’étouffent la gueule face à la vitre pleine de microbes, plus de blaireaux aux feux tricolores, plus de touristes qui ne comprennent rien au sens des tickets de métro alors que putain pourtant c’est simple bordel. Non, plus de tout ça : c’est la liberté ! Oui, la liberté véritable parbleu ! Elle n’a pas de prix, et pour cela, elle est un point ô combien positif de cette épidémie. Plus besoin de débats interminables et vains sur vos convictions, vous êtes seul, enfin libre de penser ce que vous voulez ! Osez tout ! Libérez-vous ! C’est le moment !

Vivre en quarantaine, c’est aussi vivre seul

Alors oui, vivre seul peut être un supplice pour bon nombre d’étudiants qui la fuit, d’une manière ou d’une autre, choisissant les sorties, la boisson, le sexe, la drogue, mais la solitude est typiquement le point le plus important de l’humanité. Vivre seul, sans ami, c’est se découvrir, se redécouvrir, se reredécouvrir, voire se rereredécouvrir. C’est aussi vivre l’expérience que vivent les gens sans ami. Et ça fait mal. Vivre mieux sa quarantaine
seul, c’est aussi opter pour l’achat d’un robot moderne. Avec un robot moderne, on peut discuter, parler, dialoguer, et même, pour les plus perfectionnés, bavarder.

Elles sont où les pâtes là wesh

Vivre en quarantaine, c’est aussi vivre sans ressources

On connaît la fameuse histoire de l’étudiant et son paquet de pâtes, mais on connaît aussi l’histoire des pénuries de pâtes en cours en ce moment, on s’arrache du papier toilette, on s’arrache des cartons de riz, on éparpille des paquets de semoule dans la cohue, on s’assomme à grands coups de boites de conserves au milieu du fatras de purée mousseline déshydratée. Faut-il en faire de même, faut-il réfléchir, faut-il attaquer en justice les agissants ? Vivre sans ressource en quarantaine, c’est une bonne occasion de manifester, enfin une bonne raison. Les manifestations sont interdites ? Qu’à cela ne tienne, manifestez seuls dans vos chambres Crous, on finira bien par vous entendre.

Vivre en quarantaine, c’est enfin le moment de se soigner

On nous parle de gel hydroalcoolique, de thermomètre, de lavage de main, certes c’est important, mais si on est seul et cloîtré il n’y a plus de raison de tant de précaution. En cas de toux prolongée ou de maux de tête, le remède miracle reste le rhum citron, la vodka orange, le whisky coca, … et la Giclée. Bien entendu.

En espérant que ces quelques conseils que nous avons mijoté avec bonheur trouveront logis dans votre esprit, nous vous souhaitons une belle quarantaine, à vivre dans l’ouverture, la chaleur et la joie. Car oui, c’est bien ça qu’il va nous falloir, une putain de joie ! La bise !

Un article par Moran Laplace.

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