Productions

|Rupture| – production

(A écouter durant la lecture !)

Aujourd’hui, c’est un col de montagne qui, de loin, semble bien similaire à beaucoup d’autres. On se surprendrait même à s’y prendre en photo, histoire de garder un beau souvenir d’une classique randonnée dans les Alpes. En hiver, des pistes de ski passent non loin. Tout y est calme et tranquille. Mais plus on s’approche, plus on trouve des indices que quelque chose d’anormal se trouve ici : des bouts de métaux, ici et là, des blocs de béton qui dénotent avec la pierre et les roches alentours, des boites de conserve rongées par la rouille… Arrivé sur le sommet de ce petit col, se dessine petit à petit une structure de béton percée par des ouvertures renforcées de métal, à peine effleurées par la rouille, et les 90 ans qui nous séparent de sa construction. C’est un bunker, plus exactement un ouvrage d’artillerie de la Ligne Maginot construit pour la protection de la France après la Première Guerre Mondiale. Cette étrange construction provoque un certain sentiment de puissance et de sécurité. En effet, ces ouvrages étaient conçus pour protéger son équipage, mais également pour couvrir une zone bien définie, ils étaient donc lourdement armés afin de bloquer toute avancée ennemie. 

Un mortier de 81mm modèle 1932 utilisé principalement dans le secteur des Alpes.

Nous sommes désormais dans la nuit du 23 au 24 juin 1940, après plusieurs jours de combats menés par l’artillerie des deux camps. Une offensive italienne est lancée sur l’ouvrage et profitant d’un épais brouillard, les soldats italiens avancent sur les positions françaises.  
Ce dernier est si épais, qu’ils parviennent à arriver littéralement au-dessus des soldats Français, soit là où l’on se tient au moment de cette photo. A présent, seulement quelques mètres de béton armé et de roches séparent les deux camps adverses. D’un côté les français confinés à l’intérieur de l’ouvrage et de l’autre les italiens, qui se tiennent juste au-dessus des têtes françaises, prêts à continuer l’attaque.

La galerie principale d’un ouvrage d’artillerie.

Tous les soldats présents, quel que soit leur pays d’origine, devaient ressentir une peur qui nous est probablement inimaginable. Les français lancent un appel radio vers les différents ouvrages voisins. C’est alors que les soldats italiens, isolés du monde par cette épaisse brume et saisis par la peur, s’efforcent de rester sereins quant à l’attaque qu’ils mènent. Pourtant, un déluge d’obus s’abat soudainement sur eux. Ils n’ont probablement pas eu le temps d’entendre les détonations des canons qui se trouvent plus bas dans la vallée, avant que les obus ne les atteignent. Ce sont bien trois ouvrages français, tous situés dans un périmètre de six kilomètres, qui ont tirés directement sur la position de leurs frères d’armes, en espérant que l’ouvrage les protégerait tout en écrasant l’ennemi .

Un ouvrage était presque impossible à prendre de l’extérieur..


L’équipage français sortira indemne de cette bataille mais on ne peut en dire autant des italiens. 

Aujourd’hui, il reste heureusement cet ouvrage qui nous permet de ne pas oublier que même dans cette partie de la France et il n’y a pourtant pas si longtemps, c’était la mort et l’enfer qui régnaient en maître.  
 
Cependant aucune plaque commémorative, ni même récits dans nos livres scolaires, ne viennent porter mémoire à cette bataille. Elle fait pourtant partie d’une des nombreuses victoires de l’Armée des Alpes qui a défendu avec honneur et courage notre territoire, contrairement à ce que l’on a pu nous dire. 

Alors essayons, lors de cette prochaine photo prise sur ce col, ou sur un des nombreux autres, d’avoir une pensée pour ces hommes français ou italiens qui, il y a 80 ans, se battaient jusqu’à la mort dans cet enfer devenu aujourd’hui paradis. 

Un article par Bab.

L’ouvrage, (le bunker) où se sont déroulés les faits.
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Bab

Passionné d'Histoire, et d'exploration, j'arpente toute sorte de lieux abandonnés, un appareil photo en main, dans le but de garder une fraction du passé !

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