Culture

A la rencontre du tout premier traité d’équitation

Aujourd’hui, il est question de présenter l’ouvrage De l’Art Équestre écrit par Xénophon. Il s’agit d’un ouvrage qui traite des chevaux. Une passion pour son auteur. Un animal qui jouit d’un certain prestige dans la Grèce antique.   

Avant d’introduire l’ouvrage dont il est question, monté ou pas, le cheval est dans les antiques légendes un véritable personnage. Le cheval est parfois assimilé aux dieux grâce aux qualités qu’on lui prête, comme la vitesse ou la beauté. Par exemple, unie à Zéphir, la Harpie Podarge a mis au monde les chevaux des Dioscures et de Xanthos et celui de Balios que Poséidon offrit à Thétis et Pélée lors de leur mariage et qui furent ensuite les chevaux d’Achille lors de la guerre de Troie. De même, les déplacements de la lune et du soleil étaient assurés par un attelage de huit chevaux. De plus, certains médecins recommandaient la pratique du cheval.  C’est donc avec ces courts exemples que la place du cheval dans le monde grec se dessine.  C’est dire la place que le cheval joue dans le monde grec. 

Pour introduire rapidement le sujet, il est nécessaire de brièvement présenter son auteur, Xénophon. Xénophon serait né à Erchia en Attique près d’Athènes aux alentours de 430 av J.-C. et décède aux alentours de 355. Il est citoyen d’Athènes, originaire d’une famille aristocratique. Il reçoit une bonne éducation et devient disciple de Socrate. En tant qu’élève de Socrate, il adhère à son enseignement mais peine à s’entendre avec les autres disciples du philosophe. Il fréquente également quelques sophistes comme Prodicos, originaire de Thèbes. Xénophon mène aussi une carrière militaire. D’abord, selon Strabon, il aurait combattu à la bataille de Délion en 424. Puis il assisterait à une campagne militaire menée par Thèbes contre Artaxerxés II vers 400. Après la retraite des Dix-Mille qu’il décrit dans son ouvrage l’Anabase, il retourne à Athènes où il est ostracisé et retourne à Sparte. Il est intégré dans l’armée d’Agésilas II qui se bat en Perse. En 394, il se bat contre les athéniens à Coronée et les athéniens l’ostracise à nouveau. Il se marie avec une Philésia avec laquelle il a deux enfants, Gryllos et Diodore. Ces fils sont élevés à Sparte à la demande du roi Agésilas II. Après avoir passé un temps à la cour du roi de Sparte, il s’installe à Scillonte à côté d’Olympie. C’est dans son domaine qu’il rédige ses ouvrages comme par exemple L’Anabase. Il se livre à de nombreuses activités comme la chasse. Monter à cheval est l’une de ses passionsIl retourne à Athènes en 365, alors qu’une guerre entre Sparte et les Éléens fait rage non loin de chez lui en Scillonte. Lucien de Samosate écrit que Xénophon aurait vécu 90 ans, ce qui est un âge considérable à cette époque. Il meurt vers 355 av J.-C.. 

Son amour du cheval vient d’une tradition de famille et vraisemblablement de son père. Il a d’ailleurs effectué son service militaire dans la cavalerie et la plupart des campagnes militaires qu’il a effectuées le furent à cheval. Xénophon est conscient de la valeur du cheval et notamment de l’avantage que celui-ci donne dans une bataille. 

Maintenant, le cœur du sujet est l’ouvrage De l’Art Équestre ; ouvrage dont la date est inconnue mais qui semble être le premier traité d’équitation de l’histoire, si tant est qu’on puisse le qualifier ainsi. L’ouvrage est découpé en 12 chapitres chacun abordant des thèmes précis, de l’achat au dressage puis comment monter correctement à cheval, Xénophon s’attachant à les évoquer dans l’ordre. Xénophon ne se limite pas à exulter les goûts qui sont les siens mais il s’attache toujours à démontrer les immenses services rendus par le cheval. Dans son ouvrage, il ne traite que de l’art de la cavalerie, de monter à cheval, aucun attelage n’est évoqué. C’est un livre qui s’adresse « aux plus jeunes de nos amis ». C’est un ouvrage qui a un but pédagogique, celui d’aider le cavalier novice à faire les bons choix en matière d’achat et de soin des chevaux comme en technique de cavalerie et aussi d’élevage et de dressage. Il est possible que Xénophon s’adresse directement à ses deux fils, mais il est plus probable qu’il écrive pour les futurs citoyens à qui l’équitation sera utile dans leur formation physique et morale pour jouer un rôle dans la cité. 

Il est clair que Xénophon s’adresse à des novices et non pas à des experts. Le livre est écrit de manière didactique et les leçons y sont d’un ordre aussi bien moral que pratique. Il évite les termes trop techniques. Le novice s’initie à des connaissances variées : juger les qualités d’un cheval, l’essayer et l’acheter. Il évoque des notions d’hypologie, il -le cavalier- se familiarisera avec l’équitation de manège, d’extérieur et de haute-école. 

De même qu’il est clair que Xénophon parle beaucoup du cheval d’armes, certainement à cause de sa longue carrière militaire et de ses souvenirs de guerre. Mais dans le déroulement de l’œuvre il montre les progrès que le cavalier accomplit dans la formation du cheval. Xénophon écrit De l’art Équestre comme il a écrit Le Commandant de la Cavalerie ; ce n’est pas un ouvrage destiné purement à « faire la guerre ». Xénophon évoque les souvenirs de ses campagnes et décrit brièvement les régions qu’il a traversées. Il joue sur l’idée que le cheval peut aider à se sortir de situations critiques. 

Pour comprendre un peu plus l’ouvrage, il est aussi fondamental de comprendre le contexte grec et d’y replacer le cheval et son intérêt. La Grèce est un pays chaud, rocailleux avec peu d’herbage. Il est parfois difficile de nourrir les chevaux avec de simples pâtures. Les sols rocailleux et secs mènent la vie dure aux sabots des chevaux. De fait, l’absence de fer fait que Xénophon insiste sur la qualité de la corne pour les sabots. Le cavalier montait avec une selle légère et sans étrier. Le mors était plus dur à cette époque. Selon un prisme contemporain, il est légitime de se demander après plus de vingt siècles si les conseils de Xénophon étaient les bons et si l’auteur avait vu juste. 

Il est vrai que Xénophon aborde peu la question du matériel (selle) ou des infrastructures (écurie). Mais c’est inutile de l’expliquer à des gens qui pouvaient voir ces objets ou ces lieux tous les jours. C’est dont pourquoi l’historien y verra un manque d’information mais sans oublier le contexte de rédaction du livre qui rend en réalité ces manques invisibles aux yeux du destiné lecteur. Malgré les précisions qui sont apportés dans ce livre Xénophon n’a pas écrit le traité du cheval. C’est un livre qui reste un livre assez global, qui n’est pas là pour marquer les règles de l’équitation, mais des conseils pratiques et adaptables.

Dans cet ouvrage, il est naturel que Xénophon s’égare compte tenu des connaissances scientifiques de l’époque, les erreurs qu’il commet, sont des erreurs sur l’hypologie et l’origine des blessures de l’animal. Des erreurs qu’il est facile d’excuser et qui ont probablement perduré jusque dans un passé pas tellement lointain. Cependant, ces erreurs sont, si l’on peut dire, contrebalancées par une qualité et une finesse d’observation de l’extérieur, de l’apparence du cheval. 

Les conseils d’ordre pratique qui sont énoncés par l’auteur sont excellents et auraient toujours une valeur aujourd’hui, notamment lorsque Xénophon considère la manière d’aborder le saut d’obstacle ou l’attitude parfaite que doit adopter un cavalier. 

Xénophon fait preuve d’une sensibilité exceptionnelle quand il évoque « l’intelligence » du cheval, son attention, sa mémoire. Le cheval, pour lui, éprouve des sentiments plus ou moins vifs. Xénophon a éprouvé une manière plus délicate que brutale de dresser les chevaux sans toute foi manquer de fermeté. Il évoque un système élaboré afin d’obtenir l’adhésion du cheval, système qui selon moi n’a pas tellement vieilli. 

Xénophon nous renseigne indirectement sur la qualité du dressage à son époque, qui est un dressage en finesse et souplesse où le cavalier comme la monture sont à la recherche d’équilibre. Bien que son ouvrage ne soit pas un traité sur le dressage, il divise l’étape du dressage en trois phases. 

En conclusion, on peut dire que les principes d’une équitation supérieure sont déjà posés par Xénophon. Il n’est peut-être pas toujours le plus précis mais il montre qu’il a une relation au cheval très élaborée. Il a un sens de l’observation et de la justesse dans l’analyse. Cette source nous renseigne très bien sur la façon dont les grecs pouvaient aborder et considérer l’équitation. De même qu’elle nous renseigne sur les passions d’un auteur grec majeur, sur sa réflexion qu’il peut avoir sur son environnement extérieur. Il semble également que ce soit un ouvrage important pour étudier la culture et la société d’une époque si lointaine. Si cet ouvrage est à comparer avec un autre, c’est avec celui de Théophraste Histoires des Plantes, qui lui aussi passionné, adopte une démarche d’observation fine et précise

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