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Permission – nouvelle

Avant de commencer : cette histoire est tirée de faits réels.

Felix, 16 ans, est parti tôt de sa maison, il ne voulait réveiller personne. Qui pourrait comprendre son engagement ? Son père et son frère étaient partis plus tôt et n’étaient pas revenus depuis leur dernière permission. Il voulait les ramener auprès de la famille, il ne voyait pas le mal. Sauver son honneur, sa patrie, plusieurs jeunes hommes avaient fait la même chose. Augustine, sa mère était enceinte depuis la dernière permission de son mari. Felix pensait que ses autres frères et sœurs s’occuperaient bien de la ferme et de leur maman. C’est pour cela qu’il décida un beau matin de rejoindre l’armée qui partait pour Verdun, en bus pour certains et en régiments à pied pour d’autres. Augustine se rendit compte de la disparition de Felix quand il était trop tard. La boulangère dit à Augustine que le bus qu’avait pris son fils partait pour Verdun. La pauvre mère s’efforça de retenir ses larmes. Elle se dirigea vers un centre de recrutement qui n’était qu’à quelques heures à pied. Elle avait dans l’idée qu’il pouvait être sauvé en chemin. Arrivée au centre, elle vit le général chargé du recrutement, un homme gros et gras qui mangeait du poulet plein de beurre dégoulinant. Elle serra les poings et les dents. Elle pensait à ses enfants, à la ferme et aux soldats qui, au front, comme le lui avait écrit son fils aîné, avaient plus de vin que de nourriture, tous mourant de faim. Elle lui dit « monsieur, mon fils est parti tôt ce matin prendre le bus. Il est encore trop jeune il ne connait rien à la guerre, il faut qu’il rentre ». Il lui répondit « si votre fils est parti c’est qu’il l’a décidé. Nous manquons déjà de beaucoup d’hommes. Nous n’allons pas arrêter le bus pour ce jeune qui s’est engagé et a signé. Je ne bougerai pas d’ici pour faire retarder les nouveaux engagés et ralentir la guerre ». Augustine savait qu’elle pouvait trouver tous les mots qui touchent l’âme d’une personne, mais face à ce mur, elle tourna les talons.

Elle priait quotidiennement pour revoir ses enfants et son mari en vie. Elle savait que sans nouvelles elle ne devait pas espérer trop fort. Elle reçut plusieurs lettres de Felix, mais rien de son mari ni de son autre fils, Gustave. Pourtant un matin, elle reçut une dernière lettre de Felix, qui lui fit couler plusieurs larmes.

18 mars 1916, Verdun

Ma chère maman,


Je t’écris sûrement ma dernière lettre, je ne reviendrai pas de la guerre. Le dernier assaut m’a coûté mon pied et ma main droite, mes blessures se sont infectées. Les médecins disent qu’il ne me reste que quelques jours à vivre. Il faut que tu connaisses la vérité sur ma mort prochaine. Il y a trois jours, on nous a ordonné d’attaquer. Au début, nous étions vingt-mille, mais une fois passé les barbelés de nombreuses vie étaient perdues. Gustave était parmi elles. Mon grand frère m’a protégé jusqu’au bout, sois fière de lui. Lorsque je l’ai vu, je me suis arrêté pour le sauver. C’est à ce moment-là que je fus touché par un obus. Je perdis connaissance et me suis réveillé dans une tente de l’infirmerie, la main tenue par Gustave recouvert d’un drap. Je n’ai appris que le Général Pétain avait replié les troupes que bien trop tard. Tu ne peux pas imaginer le paysage, les cris qui nous entourent, cet assaut fut une boucherie. Je dois t’avouer que je n’ai plus beaucoup d’espoir en ce qui concerne la liberté, je n’ai même plus du tout d’espoir. Je suis sincèrement désolé d’être parti et surtout de ne pas revenir. Embrasse pour moi la petite Juliette, Lucien, Marius et dis-leur que Gustave est mort en héros mais que je ne sais pas où est papa. Il a sûrement rejoint Gustave. Embrasse-les aussi pour moi et que notre souvenir ne les rende pas tristes.
Je suis malheureux de vous faire mes adieux sur un bout de papier. Pauvre petite maman, toi qui m’aimes tant, combien cela doit être triste pour toi aussi de ne plus nous avoir auprès de toi. Un jour peut-être nous aurons de nouveau ce bonheur, s’il plaît au seigneur, notre Dieu.

Félix, ton fils qui t’aime.

Augustine ne pleurait pas la mort d’un enfant mais de deux. Elle était fière du courage qu’ils avaient eu mais regrettait cette guerre et ses généraux qui ne faisaient rien. Mais qui transformait la jeunesse des hommes en chair à canon. Quelques mois plus tard, elle eut la fameuse lettre que toutes les familles redoutaient tant. Mais aucune lettre ne lui parlait de son époux. Était-il encore en vie ?

Elle en doutait mais gardait espoir. Chaque soir elle s’agenouillait sur le perron de sa porte, priant les étoiles de le revoir.

Un soir de juin 1916, elle était agenouillée, quand une main vint se poser sur sa chevelure. Elle leva les yeux et prise d’une joie immense bondit dans les bras de l’homme, son époux, revenu.
L’espoir n’est pas toujours là où on l’attend, il peut venir lorsque celui-ci disparaît en nous. Augustine pensa toujours avec beaucoup d’affection à ses enfants partis, morts pour la patrie. Mais elle regrettait les nombreux morts qu’avait pu faire ce qu’elle appelait « La Der Des Der ».

Une nouvelle par Ludivine Perrin.

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