Culture

Pour une conquête de l’Est

Pour une conquête de l’Est. 

Bien trop souvent nous parvient l’image du cowboy américain qui, triomphant sur son mustang et accompagné de sa légendaire carabine Winchester et son colt Smith & Wesson reposant dans un délicat holster en cuir, d’une superbe veste à frange, galope dans les étendues sauvages de l’Ouest américain. Le cowboy, lui, protège les colons dans ce nouveau monde et combat les féroces indiens, véritable héros, représentant des valeurs de liberté et de courage. Le mythe est persistant au détriment de nombreux autres aspects de cette conquête des Amériques, souvent pour le pire. Mais trop souvent l’oubli d’un esprit similaire que l’on trouve dans les Amériques hispaniques et portugaises reste malheureux. Mais c’est l’oubli d’un esprit de recherche du nouveau monde -similaire à celui que l’on retient pour l’Amérique- qui a existé dans les lointaines régions d’Asie. Un esprit de conquête, celui des Russes qui ont colonisé la Sibérie et qui se sont battus en Asie centrale et dans le Caucase, qui sont remontés le long des fleuves de Sibérie, explorant la péninsule du Kamtchatka et les recoins de l’île de Sakhaline.  

Car oui, les russes ont été animés, eux aussi, d’une passion pour la découverte d’un monde nouveau, avec son lot de bavures -tragiques- mais aussi cet esprit téméraire et aventureux. Lui qui est bien mal représenté à l’écran, car les russes n’ont pas eu l’honneur d’avoir un John Wayne dans une industrie du cinéma florissante pour incarner un état d’esprit aussi puissant. Aucun « Eastern movie » pour illustrer de telles aventures dans l’hostilité sibérienne. Même si malgré tout quelques films ont représenté ces contrées lointaines, il n’est malheureusement pas question d’un cinéma russe ou soviétique à proprement parler. On retrouve alors des films étrangers comme Dersou Ouzala de Akira Kurosawa ou encore La Charge des Cosaques de Riccardo Freda, dans lesquels on peut saisir cette atmosphère d’un monde nouveau. Évidemment si ces deux conquêtes se ressemblent sur certains aspects, il demeure évident qu’elles restent différentes.

En effet, au départ de ces conquêtes, un État déjà existant -la Russie- avec à sa tête le Tsar. Les États-Unis, eux, étaient un État jeune dont la population grandissait grâce à l’immigration, c’était la première démocratie. L’impulsion de l’exploration et de la colonisation est donc en Russie, prise au sommet de l’état, contrairement aux Etats-Unis. La vieille Russie elle donc s’engage peu après les guerres contre Napoléon, soit dès 1817 et jusqu’en 1864, dans la conquête militaire du Caucase en se confrontant à l’hostilité des peuples de la région, Ossètes, Tchétchènes, Tcherkesses, Abkhazes, dont notamment Lermontov ou Pouchkine ont raconté les histoires bien souvent tragiques, avec ce regard des romantiques russes qui m’est si cher. Mais cette découverte des nouveaux mondes ne s’arrête pas au Caucase. Les régions sibériennes et au-delà même ne sont pas exemptes de récits d’aventures et ont très peu à envier au désert de Mojave.  

La conquête et la colonisation s’étalent sur un temps beaucoup plus long que celle de l’Ouest américain ; du XVIème au XXème siècle dans l’extrême orient russe. La région demeure aujourd’hui encore une région très peu peuplée. Les trappeurs attirés par la richesse de la faune sibérienne demeurent peu nombreux et même l’abolition du servage en 1861 ne permet toujours pas une immigration massive. De plus, la Sibérie reste une région difficile d’accès malgré un certain nombre de cours d’eau navigables en théorie, en pratique gelés plus de la moitié de l’année, l’Ob et l’Ienisseï en tête. Seul le développement du cheval de fer, le transsibérien, va permettre de libérer l’accès à la région. 

Et pour ponctuer ce développement, rappelons que les Russes ont été présents en Alaska et ont possédé des comptoirs sur la côte Ouest des États-Unis descendant vers le sud jusqu’en Californie. Les Russes sont présents en Alaska dès 1741 et la vendent pour une $$$$ poignée de dollars $$$$ en 1867 à nos amis américains.  

C’est sur ces rencontres entre l’Est et l’Ouest que s’arrête ce bref manifeste qui prêche pour une conquête de l’Est. Laquelle devrait être au moins aussi glorieuse que celle à laquelle on a accordé l’honneur de faire partie des légendes.

Il était une fois dans l’est, Однажды на Диком востоке.

Tags

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Voir Aussi
Fermer
Bouton retour en haut de la page
Fermer
Fermer