Sports

L’ovalie : pourquoi je préfère le ballon ovale

À peine fini l’échauffement d’avant-match que l’on rentre au pas de course aux vestiaires. Il reste quinze minutes avant le coup d’envoi.

M-15 : l’entraîneur rentre dans les vestiaires. Pas un bruit, le regard noir, l’envie d’aiguiser les crampons, de mettre trois fois trop de straps, est palpable.

M-10 : Le discours de l’entraîneur. L’habituel appel à la révolte, le rassemblement des troupes. Tout est fait pour se sentir mobilisé.

M-5 : Au tour du capitaine maintenant. Tu le connais bien, il te connaît bien. Il connaît tes défauts, tu connais ses défauts. Pourtant il va t’encourager, et chercher en toi la rage nécessaire. Celle qui te permettra de renverser le 5 d’en face, qui au match aller t’a humilié sur un plaquage manqué.

L’arbitre siffle, les joueurs sortent des vestiaires. Tes yeux ne sont plus noirs, mais rouges. Le sang est bouillant, et la crème chauffante ne fait que mettre de l’huile sur le feu. Le ballon voltige à peine, que les supporters commencent à hurler au voyou, au crétin des alpes, et autres fils de prostituées. Le match ne fait que commencer.

Coup d’envoi.exe (fun fact : j’ai jamais réussi un coup d’envoi car je suis un avant, je tape pas des ballons avec le pied, j’ai tendance à taper dans les dents ehehe)

Cette ambiance, celle de la fin de semaine toute entière, elle touche environ 281’554 licenciés, 1’922 clubs, et encore quelques milliers d’entraîneurs, arbitres… Ce sport qui date tout de même de 1823, a été inventé, selon la légende, par William Webb Ellis, lors d’un match de folk football, en bravant les règles et en prenant le ballon à la main. Le premier match de rugby « international » sera d’ailleurs disputé par l’Écosse et l’Angleterre. Et pour une fois les Anglais n’ont pas gagné: bien au contraire, ils s’inclineront 4-1 (selon le barème de l’époque).

Bon, comme j’adore me farcir les Rosbifs, je dirais qu’ils se sont fait éclater la tronche.

Ils l’ont pas vue venir celle-là !

Aujourd’hui, chers lecteurs, chères lectrices, je ne parlerai pas de politique, ni d’humour; quoique je vais en mettre un peu. Non. Aujourd’hui, je vais parler sport, passion, et coups de crampons dans les dents. Je vais parler rugby ! Ce sport, je l’ai longtemps trouvé trop violent à mon goût. Je sortais du collège et je me sentais faible. Après des années d’ harcèlement scolaire je devais me forger une nouvelle identité.

Mon voisin, entraîneur, me conseilla ce sport. Et même si mon tout premier entraînement fut un fiasco total, j’y ai pris goût. D’abord, je devenais de plus en plus important, étant un avant qui pesais plus lourd à l’époque qu’aujourd’hui, dans la mêlée j’étais le facteur X. En touche, car je suis grand, j’étais le lifteur arrière. Bref, je m’éclatais !

Puis, vint le jour au cours duquel je me suis stupidement blessé. Une cheville en moins, j’ai dû vivre quelques mois de rééducation. Mon rétablissement ne venait point. Les années passèrent et les kilos en trop se faisaient de plus en plus visibles. 2019, je me reprends et perds plus de 30 kilos; pour ma santé, pour mon amour du sport, pour ma passion.

Depuis je suis devenu un avant avec le club de l’Université Lyon 2. On gagne pas tout le temps certes, mais nos victoires sont belles, et le groupe est soudé. Rien qu’à cause de ça, je regrette presque de partir en Erasmus l’année prochaine.

Assez de sentiments, ce sport vous l’aurez compris, je ne l’aime pas, je le vis comme si chaque jour était mon dernier match.

Mais ce rugby, malgré cette ambiance folle à chaque match et cette passion sans faille, ce n’est pas que l’amateur. C’est aussi le professionnel !

Il y a des championnats dans lesquels le rugby est un véritable art : le Top 14, la Pro D2, la All-Ireland League, la Premiership…

Et il y a aussi le rugby international : le Guinness 6 nations, la Bledisloe Cup, les tournées des British and Irish Lions. Mais surtout, la Coupe du Monde de rugby.

Notons désormais que le rugby se joue non pas qu’à 15, mais aussi 13, 12, 10, et 7 ! Le rugby est partout, même aux Jeux Olympiques (seulement le rugby à sept).

Parlez-moi de football, de basketball, de handball, et autres sports se jouant avec un ballon (non pas toi le tennis ! … NON le baseball non plus !), je vous répondrai rugby. Aucun sport n’est aussi physique que celui-ci à mes yeux. Imaginez un instant : courir, attraper le ballon, allez au contact de l’adversaire, ne pas se faire prendre le ballon, donner le ballon à ses camarades, se relever, déblayer les adversaires, mais aussi sauter en touche, lifter, pousser dans la mêlée, dans les mauls…

Mohamed Haouas a tout compris ! Bien sur les appuis, bras tendus : La meilleure manière pour se servir un verre de Scotch !

Ce sport ne fait pas dans la dentelle et les combats sont si rudes que des fois on laisse échapper la vapeur dans la tronche de celui d’en face, il est vrai. Mais les casques et les protège-dents sont là pour ça.

D’ailleurs pour l’anecdote, j’ai jamais été grand fan de violence dans le rugby au début. Puis j’ai pris goût, notamment ces derniers temps, à y aller poings fermés avec 15 mètres d’élan.

Maintenant, laissons la parole aux témoignages :

J’ai commencé seulement cette année et c’est un sport d’équipe que j’adore, surtout, je pense, parce que les filles qui composent notre équipe sont géniales et que je sais que je peux toujours compter sur elles pendant le jeu.
Mais je crois que le plus fort, c’est pendant les matchs, quand je suis fatiguée à n’en plus pouvoir, que je suis essoufflée et que j’ai mal à force d’être tombée à plusieurs reprises, à cause des plaqueuses, pas toujours tendres il faut le dire, que je me relève, et que je trouve quand même la force de continuer à courir et poursuivre le match. C’est juste une récompense incroyable ! Puis les bleus, c’est un peu bizarre à dire, mais c’est aussi notre petit trophée personnel !

Rosana Demol, joueuse (oui, JOUEUSE) du Rugby Club Lyon 2

Quel sport pratiques-tu ? À chaque fois que je réponds « du rugby », toujours la même surprise de mon interlocuteur, qui doit bien se demander, pourquoi participer à ce qui ressemble de loin à une boucherie, dont les joueurs sont à la fois les bouchers et les bouts de viandes désossés, découpés et ensanglantés. De plus, les règles de ce jeu semblent avoir été créées par des fous tout droit sortis de l’asile, le ballon ovale étant la preuve de cette démence. Non vraiment, jouer au rugby, c’est mettre de côté la raison.

Et c’est là, où pour moi, le rugby prend tout son intérêt, qu’il devient le plus beau sport du monde, car être rugbyman, c’est aller à l’encontre du bon sens. Comment être considéré comme saint d’esprit, quand on mesure 1m56 et pèse un peu plus de 50 kg, et qu’on se retrouve face à des mastodontes, qui te rendent deux fois ton gabarit, te faisant passer pour un nourrisson, que chaque contact pourrait envoyer valser aux quatre vents ou briser comme du cristal ?

Même si j’ai conscience de cet état de fait, celui-ci disparaît à chaque fois, quand les railleries des joueurs et supporters adverses à mon entrée sur le terrain, laissent place à un silence d’effroi au moment où j’aplatis le ballon dans leur en-but. Mais là n’est qu’un petit plaisir : l’extase est absolue quand arrive l’instant où je regarde un de ces géants que je viens de plaquer, gisant à mes pieds, les yeux pleins de désarroi, alors que je le toise de tout le haut de ma petite taille. Ces brefs moments sont le reflet de ma passion pour le rugby : plus qu’un jeu, c’est un opium qui supprime toute logique, et qui, pour un instant, me fait sentir grand.

Capitaine Crochet, plus connu sous le surnom Sonic

Le rugby y a pas mieux, surtout si on peut casser du Rosbif.

Charles de Gaulle (totalement)

Bien, maintenant que l’on a entendu toute la troupe nous expliquer pourquoi le rugby est un sport merveilleux, il est l’heure de tailler dans le vif : le rugby est le meilleur sport du monde. Il n’y a pas plus physique, je l’ai déjà expliqué, mais surtout à part l’ambiance, il y a l’art de jouer. Oui le rugby c’est un art ! Un vrai, un art qui gicle de partout ! Du sang, des larmes, et des litres de bière !

Mais ce sport c’est aussi des souvenirs, de l’amère défaite par plus de 100 points, à la victoire de plus de 130 points ! En passant par l’égalité la plus frustrante jusqu’à la victoire de dernière minute, au rugby on vit tout, au centuple de sensations. C’est pas en tapant du ballon avec les pieds ou les mains que l’on se dit : on les a bien niqués ! Les scores des autres sports à ballon sont anecdotiques, au rugby, marquer se fait grâce à l’effort collectif, ça ne tient pas qu’à un bon type qui fait le 100 mètres en 15 secondes 20.

Non, c’est aussi des passes après contacts, des raffuts de l’espace qui feraient jalouser Jonah Lomu, des drops qui font bander Sir Wilkinson. Et bien sûr des plaquages qui feront trembler Thierry Dusautoir.

Le rugby c’est des légendes, des voyous devenus stars malgré eux et qui au lieu de jouer les stars restent humbles. Jamais a-t-on vu une personne se ruer sur un terrain de rugby pour un autographe. Bon cela dit, on ne peut pas le prouver car le con qui oserait le faire se ferait démolir avant même d’avoir atteint l’en-but adverse.

J’entends déjà les autres grands sportifs se plaindre : GNEUGNEUGNEU LEU RUGEBY CÉ NULLEU!!

Pour ce genre d’arguments, je répondrai comme le plus grand des philosophes, aka BIGARD :

Un grand homme, on ne le dira jamais assez !

Cet article, je le dédie à mon voisin, qui m’a convaincu que le rugby est un sport merveilleux. Je le dédie au Rugby Club Viriat, ainsi qu’au Rugby Club du Canton de Montrevel et au Rugby Club Saint-Amour/Coligny. Les trois clubs qui formaient l’entente RCVMSA pour laquelle j’ai joué de mes 15 à 19 ans.

Avec de sacrés lascars que je salue s’ils lisent cet article.

Je dédie cet article à mes entraîneurs, tous autant qu’ils sont. Enfin, je dédie cet article au Rugby Club de l’Université Lyon 2 Lumière.

Et à l’équipe 2019-2020, on en aura vécu des choses ensemble !

Sur ce j’espère que vous en aurez appris plus sur ma passion, à bientôt les volailles ! Prenez soin de vous en ces temps sombres, à la fin de l’épidémie je paye un verre à tous !

Rugby memes - best from the Rugby World Cup | Ruck
Un dernier coup, juste pour faire chier nos amis (ennemis) Anglais !
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Expat Bressan

"Seulô avoué du kanon ou de la byézhe ?" - Un Bressan quelconque mais bien rond

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