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Nouvelles érotiques cheap pour étudiants #4 – L’inconnu du T2

La dernière rame s’arrête. Je prends peur et je cours. Je passe les portes juste après le signal de fermeture, alors que les battants se referment sur moi comme pour me croquer la jambe. Je souffle en faisant retentir de ma carte TCL le son disgracieux de la validation d’abonnement.

Personne. Je suis habitué à voyager dans un T2 bondé, et je m’assois sur un siège vide avec un profond sentiment de victoire. Tout en me disant qu’il m’était impossible de vivre ça en journée, je laisse aller en arrière ma tête en fermant les yeux dans un profond sentiment de délassement, un sourire accompli sur le visage.

Mais j’entends, brièvement, des doigts qui tapent un rythme contre la vitre, me sortant de mon demi-sommeil un peu rêveur. Je regarde devant moi et, un peu plus loin, assis face à moi, de l’autre côté de l’allée, un jeune homme tape la musique qu’il a dans la tête contre le plexiglas. Je ne l’avais jamais vu. Il est beau. Très beau. Je fixe le bout de son index et de son majeur taper une petite sonate de percussion contre le vide de la nuit. Ça m’hypnotise.

Soudain le rythme se brise, je fixe encore ses doigts, tentant de comprendre cette nouvelle métrique. Mais je sens que quelque chose s’est immiscé dans ce solo. Je tourne la tête, gêné. Il me regarde. Il ne me fixe pas d’un air accusateur, mais plutôt comme si j’avais pénétré son arrière-cour un dimanche après-midi, tout en ayant la douceur surprise du bad boy attrapé en train de nourrir un chaton.

Je devrais arrêter de le fixer, on sait que l’un de nous devrait détourner le regard, mais aucun ne le fait. Moi car ses iris me harponnent, lui car il ne semble pas vouloir me laisser échapper à ses filets.

Il se lève, j’ai peur qu’il parte. Il vient dans ma direction et je commence à avoir chaud. Plus il se rapproche, et plus mon caleçon me fait mal. Il marque une pause, debout face à moi. Je peux sentir l’odeur de sa chaleur, et je fixe toujours son regard, maintenant plus hésitant, pour ne pas fixer ce qu’il a mis au niveau de mes yeux, comme s’il allait me le sortir au visage, là, tout de suite.

Il s’assoit. Ses doigts reprennent leur rythme, sur ses genoux d’abord. Ses yeux plongent dans les miens. Il est confiant, il est chez lui face à moi, il sait ce qu’il fait depuis le début, et je ne m’en rends compte que maintenant.

Il se penche vers mon visage, comme s’il allait m’embrasser, mais c’est seulement pour planter son regard plus au fond du mien. Je suis un lapin hypnotisé par le serpent. Je ne me rends pas compte que si l’on est soudain aussi proche, c’est parce que je me suis approché de lui aussi. Il se met à taper son rythme sur mon genou. Puis il remonte, tout doucement, le long de ma cuisse. Il est tout près de mon aine, il s’arrête et le temps se suspend. Les portes s’ouvrent, elles se referment sans que personne ne rentre.

Quand le tram redémarre je me jette sur lui, le plaquant à nouveau au fond de son siège, pendant qu’il m’agrippe à pleine main, sa paume chaude me caressant là où il s’était arrêté plus tôt, comme si nous attendions de vérifier que nous serions bien seuls.

Chaque fois qu’il fait mine de détacher nos bouches je le retiens, je me colle encore plus et je l’embrasse comme si je cherchais à ancrer ma langue au fond de sa gorge. Sa main agrippe mes reins et les resserre comme s’il les guidait vers son bassin. Je suis tordu dans tous les sens, comme une poupée de chiffon, fiché entre ses cuisses. Sa main est sous mon jean, je lâche un soupir étouffé. Soudain, il me projette sur mon siège, les portes s’ouvrent, je n’avais même pas entendu l’annonce de l’arrêt. Une personne rentre.

Nous reprenons notre souffle, face à face, respirant étrangement au même rythme. Nous restons dans le silence le plus complet. L’autre personne est assise plus loin mais face à nous. Aucun de nous deux ne parle. Nous nous jaugeons. Il semble prêt à se détourner, comme s’il sortait d’une transe qui l’aurait pris par surprise. Je suis censé descendre mais je suis comme collé à mon siège.

Il me fixe comme s’il allait me demander mon prénom, comme s’il allait me demander qui j’étais. Je le fixe comme un petit rongeur face à un prédateur.

La personne sort, son expression change, il sourit. Il me cache les yeux de sa main et je sens sa langue caresser les bords de mon cou. Son autre main vient me caresser entre les cuisses, et je ne peux pas m’empêcher de gémir. J’entends le tram s’arrêter. Il retire sa main de mes yeux. Le tram est éteint et on dirait qu’il est arrêté pour la nuit. Je panique, j’ai envie de lui demander où l’on est et comment ça se fait que personne ne nous ait fait sortir, mais avant que j’ai le temps de le faire il m’attrape la main et la glisse à l’arrière de son jean.

Il escalade mes genoux et je sens son sexe dur contre mon ventre. Je plonge mes doigts en lui, il se cambre en continuant de plonger ses yeux dans les miens, il se mord les lèvres, il est en charge de moi, je ne maîtrise rien.

Il n’est éclairé que par des lumières lointaines, artificielles, il semble irréel. Sa main passe sous mon jean et semble se fondre dans ma peau. La chaleur de sa paume semble aller se glisser dans le moindre de mes pores.

Entre ses deux doigts, experts, il ouvre son pantalon et le mien. Il retire le sien dans une contorsion tellement sensuelle que j’ai cru me laisser aller dans sa main. Plus il bougeait sur moi, plus je semblais devenir une poupée de chiffon qu’il manipulait au gré de ses désirs érotiques.

Je me sens entrer en lui, et c’est comme si mon corps tout entier était happé dans de la guimauve chaude qu’on serait encore en train de pétrir, je deviens complètement fou, je bouge comme je peux en m’agrippant à ses hanches comme un noyé à une corde, enfouissant mon nez dans son cou. Son odeur est sucrée et agressive, un mélange de tabac et de clémentine. Il laisse échapper des râles de contentement qui me rendent de plus en plus dingue. Je suis complètement dominé par lui: malgré les coups de dents que je donne dans son cou et sur son torse, je sens bien que c’est lui qui guide cette danse.

Je le sens convulser légèrement. Au moment où je me relâche, il se gonfle dans ma paume, qui avait repris son travail, avant que je sente sa chaleur s’écouler sur mes doigts. Après avoir soufflé, il me prend la main et la tend à ma bouche. Son goût ressemble à son odeur.

On se rhabille en s’embrassant. Soudain son regard change, il est à la fois doux et triste. Il se dirige vers une porte, il en force les battants pour les ouvrir. Il reste appuyé contre l’un d’eux en m’invitant à sortir. Je prends sa main en sortant de la rame. C’est étrange, j’ai à la fois l’impression de rentrer chez moi après avoir vécu une nuit d’amour à Narnia, et de rentrer dans un lieu futuriste et hostile dans lequel je partirais en mission sans espoir de retour après le dernier devoir conjugal désespéré. Au moment où je pose les pieds sur les rails, je sens sa main glisser de la mienne. Je regarde autour de moi ce monde inconnu des gares de dépôt.

Je me retourne pour lui demander comment nous allons rentrer. Il n’est plus là. Je regarde dans la rame, paniqué. Je tente d’écouter d’éventuels bruits de pas, j’appelle. Il n’est nulle part. Il a disparu.

J’aperçois la sortie. En traversant cette gare, je me dis que je ne connais même pas son prénom.

Crédits illustrations: Pauline Baudouin

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