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Un contexte peu favorable pour la Loi Sécurité Globale

La proposition de loi relative à la sécurité globale a été grandement critiquée par l’ensemble des Français depuis son dépôt à l’Assemblée Nationale le 20 octobre 2020. L’article 24 — qui interdit la diffusion d’images des forces de l’ordre — est au cœur de la controverse. De plus, une série d’événements récents montre la nécessité de filmer les policiers. Dès lors, le moment ne semble pas opportun pour accueillir cette loi.

L’article 24 de ce texte de loi cristallise les tensions. En effet, il modifierait la loi sur la liberté de la presse de 1881, ce qui engendre la colère des journalistes. Malgré des tentatives d’amendements afin d’être plus explicite, les Français jugent la formulation de l’article encore trop floue. Cela pourrait engendrer un usage abusif. Le texte de loi comporte d’autres propositions controversées comme l’augmentation du champ d’action de la police municipale et de la sécurité privée, le renforcement de la vidéosurveillance ainsi que le port d’arme pour les gendarmes et les policiers dans des établissements recevant du public.

Le contenu de ce texte se suffit à lui-même pour expliquer les nombreux appels à manifester qui fleurissent dans plus de 100 villes de France depuis la mi-novembre. Les premiers gros rassemblements ont commencé le samedi 21 novembre 2020, sous le nom de « Marche des Libertés ». À Paris, place du Trocadéro, plusieurs milliers de personnes se sont réunies pour défendre leurs droits. Une semaine plus tard, nous passons d’une quinzaine à une cinquantaine d’appels à manifester dans tout le pays. Les jours passent mais la colère ne désemplit pas.

Cette proposition de loi largement controversée ne semble pas arriver au bon moment. En effet, le gouvernement est très critiqué dans la gestion de la crise sanitaire. 56% des Français estiment que le gouvernement prend des décisions incohérentes ou inadaptées selon une enquête BVA pour Orange. Louis, un étudiant en troisième année de Licence de Sociologie à l’Université Lumière Lyon 2 témoigne : « Je ne comprends pas pourquoi les universités ne peuvent pas accueillir les étudiants alors que celles et ceux en classes préparatoires et en BTS peuvent se rendre dans leurs établissements ».

Également, l’affaire Benalla est encore dans les esprits des Français. Lors de la manifestation du 1er mai 2018 à Paris, Alexandre Benalla — un proche du Président de la République — porte l’uniforme de CRS et agresse violemment un couple place de la Contrescarpe. Il s’agit d’un acte de violence banale que l’on retrouve dans presque toutes les manifestations. Cependant, c’est grâce au travail du journaliste sur place que cet événement a pu avoir une couverture médiatique assez importante et permettre un recours en justice contre Alexandre Benalla. En effet, l’auteur des agressions a pu être identifié à l’aide de Taha Bouhafs, qui a filmé la scène. Avec la loi relative à la sécurité globale, rien de tout cela n’aurait pu être possible.

Qui est Taha Bouhafs ?

Originaire de Grenoble et militant à La France Insoumise, Taha Bouhafs mélange journalisme et activisme politique. Marqué par les révoltes urbaines de 2005 alors qu’il n’avait que 8 ans, il militera dans de nombreuses mobilisations comme la cause palestinienne, le combat Adama, le mouvement d’opposition contre la loi Travail, Nuit debout.
À 23 ans, Taha Bouhafs aime résumer son travail par cette phrase : « Venu d’en bas, pour raconter la vie de ceux d’en bas ». Il est l’auteur des images de l’affaire Benalla, ce qui lui vaudra une très grande notoriété dans le monde journalistique. La commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP) reconnaît son professionnalisme en lui délivrant une carte de presse pour l’année 2021.

Plus récemment, c’est l’infâme agression du producteur de musique, Michel Zecler, qui remet en cause le bien-fondé de la proposition de loi relative à la sécurité globale. En effet, presque un mois après son dépôt à l’Assemblée Nationale, le 21 novembre 2020, Michel Zecler se fait agresser par trois policiers qui se sont introduits dans son studio de musique. Une caméra de surveillance a pu filmer le passage à tabac du producteur. Les voisins ont également filmé la suite de l’intervention lorsque l’un des trois policiers a demandé du renfort. Sur ces images, on peut voir M. Zecler ainsi que les artistes présents dans le studio se faire violenter par les forces de l’ordre. Qu’aurait valu la parole du producteur de musique contre celle des policiers sans les images de la vidéosurveillance ? Lors d’une interview, la victime témoigne : « Si je n’ai pas mes caméras, je suis en prison aujourd’hui ».

L’affaire Benalla et la récente agression de Michel Zecler sont deux bons exemples qui permettent d’expliquer pourquoi le projet de loi de sécurité globale ne devrait pas entrer en vigueur. Les images des violences policières permettent d’être le garde-fou de toute dérive, de tout abus de pouvoir. De plus, le contexte de la crise sanitaire et le plan Vigipirate permettent un renforcement du pouvoir exécutif, ce qui nuit gravement à l’expression de la vie démocratique. Si les contestations persistent, le Premier Ministre Jean Castex va-t-il utiliser le 49.3 pour faire passer ce projet de loi comme son prédécesseur, Edouard Philippe, l’avait fait concernant la réforme des retraites ?

Un article par Antony Clerc.

Antony Clerc

Étudiant en Sciences Politiques

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