Société

Cupidon encore confiné

« Aujourd’hui, construire une relation amoureuse me paraît quasi-impossible »

L’imprévu, les restrictions de déplacements et les gestes barrières peuvent compliquer la rencontre d’un partenaire et la pérennisation d’une relation. Plusieurs célibataires entre 21 et 23 ans ont voulu raconter l’état de leur vie amoureuse, un an après le début de la pandémie du Covid-19.

À la suite des confinements et couvre-feux successifs, nombreux sont les Français à vouloir briser leur isolement : « J’en ai eu marre de ne plus rencontrer de nouvelles personnes. À ce moment-là j’avais vraiment envie d’être en couple » témoigne Camille.

Être cloîtré dans son logement pousse Khadidja et Léa à considérer peu à peu une relation amoureuse comme une sorte de nécessité. L’une d’elles témoigne : « Une relation amoureuse apporte de la stabilité. Dans un contexte incertain comme celui-ci, le fait d’avoir un élément stable et rassurant peut vraiment aider à aller mieux, à tirer le positif de cette situation. C’est un peu comme une bouée dans une mer agitée, c’est un point d’ancrage, quelque chose de fixe, et qui le restera. »

L’irrémédiable recrudescence de l’utilisation des applications de rencontre

De nos jours, flirter avec une personne que l’on rencontre en soirée ou dans un bar est compliqué. Dès lors, d’autres moyens s’imposent.

Avant la crise sanitaire, Léa avait déjà fréquenté quelques personnes grâce à des applications de rencontre. Cependant, elle reconnaît que depuis un an, il s’agit de la seule façon pour potentiellement avoir une relation amoureuse.

Certaines personnes, comme Alex et Caroline, n’ont jamais utilisé ce type d’application avant l’apparition du Covid-19. « Les restrictions de déplacement et le respect des gestes barrières m’ont poussée à faire du lien avec d’autres personnes et d’une autre manière. C’est la solution facile en ce moment » explique l’une d’elles.

Tous s’accordent sur le fait qu’apprendre à connaître une personne et à se rencontrer prend plus de temps, un changement provoqué par le Covid-19.

Après avoir échangé quelques messages sur une application de rencontre, Khadidja appréciait faire connaissance assez rapidement autour d’un verre en terrasse. Or, aujourd’hui elle avoue devoir passer plus de temps à dialoguer par message. Cela engendre un certain nombre de problèmes : « On s’attache par message, on construit des attentes et si la personne ne me plaît pas en vrai, ça va être frustrant ».

Ce ressenti est partagé par les 5 autres célibataires. Pour Caroline, cela s’explique car « on n’a pas forcément accès à la personnalité de la personne en tant que telle quand on écrit ».

L’épineuse question du lieu de rencontre en période de pandémie

Les restrictions de déplacement et le couvre-feu peuvent représenter un obstacle dans la construction d’une relation. En effet, c’est ce qu’explique Camille : « Je suis fatiguée de ne pas pouvoir aller chez l’un ou chez l’autre à cause des couvre-feux, de l’impossibilité de bouger le week-end. Je trouve que ça isole un peu. Au final les nouvelles relations ne peuvent pas aller bien loin dans ce contexte. ».

Selon Marco, « le couvre-feu est limite plus handicapant pour la vie sociale qu’un confinement strict. L’essentiel de la vie sociale qu’on a — notamment amoureuse — se passe le soir. Pouvoir rencontrer quelqu’un jusqu’à 18-19h c’est sympa, mais pour les rencontres amoureuses c’est toute une disponibilité qui est amputée ».

Depuis un an, le nombre d’activités a considérablement diminué : « Tu tournes vite en rond, la routine peut s’installer très vite. Tu as moins de choses à raconter à cause de cette situation » explique Khadidja.

C’est également le cas pour les lieux de rencontres. Certains font le choix d’un premier rendez-vous en extérieur avec une balade dans un parc ou sur les quais. D’autres décident de se rendre directement au domicile de la personne. Pour Léa, il s’agit d’un moment qu’elle appréhende : « Avant, quand c’était dans un bar, si la personne ne me plaisait pas, je pouvais terminer mon verre et m’en aller. Maintenant, c’est beaucoup plus délicat de partir lorsque l’on est chez elle. »

Un rapprochement physique et émotionnel difficilement compatible avec le respect des gestes barrières

Aujourd’hui, une nouvelle peur côtoie la traque de la première rencontre. Camille craint surtout de contaminer les personnes les plus vulnérables de son entourage. Cette angoisse se canalise assez vite lorsqu’elle s’aperçoit que son flirt respecte bien les gestes barrières.

A contrario, Marco et Léa préfèrent ne pas porter de masque lors de la première rencontre. « Je trouve ça vraiment déstabilisant de rencontrer une personne pour la toute première fois avec un masque. Je fais en sorte de le porter le moins possible ! Pour moi, c’est très dur de montrer qui je suis vraiment en ne dévoilant que la moitié de mon visage. »

Même si l’apparition du Covid-19 a complexifié la manière dont les relations amoureuses peuvent se dérouler, les célibataires arrivent à tirer des aspects positifs de cette situation.

Khadidja et Camille ont appris à mieux se connaître et à savoir ce dont elles ont besoin dans une relation.

L’incertitude permanente pousse Marco et Caroline a de plus en plus saisir l’opportunité de faire de nouvelles rencontres et de vivre l’instant présent.

Alex trouve que l’usage des applications de rencontres s’est banalisé. Elle a également appris à apprécier les personnes d’une autre manière.

Un article par Antony Clerc.

Antony Clerc

Étudiant en Sciences Politiques

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