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Stade Rennais 2020/2021 : l’heure du bilan

Malgré la crise sanitaire, le Stade Rennais entamait en 2020/2021 la saison la plus prometteuse de son histoire. Des investissements démesurés, une première participation en C1, des pépites prêtes à éclabousser la Ligue 1 de leur talent : qu’en a-t-il vraiment été ?

Elle avait bien commencé, cette saison. Fin août 2020, le soleil dardait encore ses rayons sur les quatre-mille chanceux qui avaient pu réintégrer l’enceinte du Roazhon Park, trois mois après le premier déconfinement. C’est la 2e journée et face à Montpellier, le Stade Rennais, emmené par sa jeune pépite Eduardo Camavinga et par son ailier brésilien Raphinha, proposera cet après-midi-là un jeu simple, décomplexé mais efficace. Aidés par un carton rouge et par un but contre-son-camp, les Rouge et Noir s’imposeront 2 à 1 contre les Héraultais, mais plus important: sur le chemin du retour, les supporters marchent déjà avec des étoiles dans les yeux, animés par la certitude qu’ils s’apprêtent vraiment à voir, cette saison, un Stade Rennais plus flamboyant que jamais.

Simplement plus ambitieux

On le leur a dit, de toute façon : « le projet n’a pas changé, il est simplement encore plus ambitieux. » L’alliance prometteuse de Julien Stéphan, de Nicolas Holveck (qui avait remplacé Olivier Létang) et de Florian Maurice en qualité de directeur sportif font briller aux yeux des supporters bretons la perspective d’une année plus qu’alléchante. Au-delà de cette communication particulièrement courageuse, c’est toute la dynamique du Stade Rennais qui semble clamer ses ambitions pour cette saison. D’ailleurs, la 3ème place – le premier podium de l’histoire du Stade Rennais en Ligue 1 – validée par l’arrêt du championnat donnerait presque l’impression, à ce moment-là, que le club de Rennes a enfin crevé le plafond de verre qui lui pesait sur les épaules depuis tant d’années, qu’il a enfin réussi à exorciser ses démons, à se débarrasser de son étiquette de loser… Et non seulement cette impression est rafraîchissante pour des supporters qui avaient enduré tant d’années de vaches maigres, mais elle prête même à une certaine forme d’orgueil chez la plupart. Des habituelles bisbilles avec les communautés de clubs de milieu de tableau (nantais, stéphanois, montpelliérains…), les Bretons ont tôt fait d’entretenir des conflits de plus en plus réguliers avec des supporters marseillais ou lyonnais. S’il est encore trop tôt pour affirmer que le Stade Rennais a définitivement franchi un palier, cette « évolution » dans la rivalité avec les autres clubs tend à illustrer dans une certaine mesure le glow-up rennais.

L’un des nombreux fanatiques de l’Olympique Lyonnais, ayant pris en grippe le Stade Rennais après sa qualification en Ligue des Champions lors de la saison 2019/2020 (l’Olympique Lyonnais ayant terminé ce championnat à la 6e place, derrière Reims par exemple).

Ces années de gloire leur avaient plus que jamais fait ressentir la fierté d’être rennais. Et que souhaite-t-on le plus quand on a goûté à la gloire et à la fierté ? Encore plus de gloire et de fierté. Ils voulaient voir le Stade Rennais poursuivre sa folle dynamique, jusqu’où ? Seule la destination demeurait inconnue; tout ce qu’ils savaient cependant, c’est qu’ils avaient confiance en ces hommes, ceux sur le terrain comme ceux sur le banc. Ils avaient confiance en ce projet et même si au fond d’eux-mêmes ils savaient que cette 3ème place n’était sûrement que le fait de l’arrêt du championnat, qu’est-ce que ça changeait ? Le Stade Rennais, après avoir réalisé son épopée en Europa League, après avoir soulevé la Coupe de France 2019, allait participer pour la première fois de son histoire à la Ligue des Champions et il semblait évident que la saison qui s’annonçait était du bois de celle dont on se souvient sa vie entière.

Une année doublement particulière

Comble des signes du destin, cette saison était aussi celle des 120 ans du Stade Rennais. Fidèle à sa nouvelle ligne moderne et proche de ses abonnés, le Stade Rennais a pour l’occasion lancé la grande campagne « Au Fil Rouge » qui invite notamment les supporters et les joueurs emblématiques du club à faire part de leurs plus beaux souvenirs footballistiques. Ajoutez à cela un maillot spécial pour l’occasion, une statue en hommage à Jean Prouff dans les tribunes et des visuels léchés reprenant les anciens blasons des adversaires en Ligue 1, et vous obtenez un savant mélange particulièrement bienvenu à l’heure où les supporters n’avaient plus le droit de se joindre aux rituelles processions du dimanche au Roazhon Park.

Un exemple d’identité visuelle choisie pour les 120 ans du Stade Rennais.

Car enfin, s’il y a bien un élément, un cadre même, qui sera important à prendre en compte afin de nuancer notre jugement tout à l’heure, c’est bien celui-ci: cette saison 2020/21, c’était aussi (et surtout) la saison du foot à la télé; celle avec les chants artificiels et les gradins tantôt vides et austères, tantôt couvertes de bâches qui ne parvenaient cependant pas à nous faire passer cette nostalgie prégnante de l’exubérance des stades – de l’essence véritable du football, finalement. C’était une saison longue, souvent éprouvante. Pour les joueurs d’abord, car les cas positifs au Covid-19 et les matchs reportés qui amenaient parfois à des enchaînements burlesques contribuèrent souvent à leur méforme. Pour nous-mêmes ensuite, parce que ce fut parfois une saison qui marquait un désintérêt croissant pour un football de plus en plus hors-sol; l’annonce avortée du lancement d’une Super League n’arrangea d’ailleurs rien à ce sentiment. Vous l’aviez de toute façon bien compris tant on nous l’assène depuis mars 2020: Covid rime avec distanciation; une distanciation qui, elle, paraît fortement incompatible avec le football qu’on aime.

Se donner les moyens de ses ambitions

Mais au milieu de tout cela, ce football qu’on aime, il se joue encore sur le terrain. Et lorsqu’on est un club breton vierge de toute participation dans la cour des grands et que l’on affiche un projet « ambitieux », et d’autant plus lorsque l’on dispose d’une enveloppe spéciale de la part de l’actionnaire majoritaire, il n’y a pas trente-six solutions pour être compétitifs sur ce terrain-là: il faut construire une équipe. Le Stade Rennais a beau avoir fini 3e avec l’arrêt du championnat, il lui faudrait, pour se donner les moyens de ses ambitions, un ailier supplémentaire, un attaquant, un défenseur central (pour pallier à la fin du prêt de Gnagnon) et un latéral gauche (pour pallier au départ de Jérémy Morel). Ajoutez à cela un gardien, puisque le Chelsea FC a proposé – à raison, comme l’histoire le démontrera plus tard – 24 millions pour Edouard Mendy. Au milieu, tout va bien: les supporters bavent d’impatience de retrouver sur les terrains l’efficiente doublette Steven Nzonzi (le champion du monde) – Eduardo Camavinga, que l’on imagine prête à rouler sur l’Europe.

Ce mercato laissera une saveur douce-amère aux supporters. Il est toujours difficile de juger un mercato en octobre ; la sagesse recommanderait de laisser du temps à ces nouvelles recrues. Alors, admettons. Faisons confiance à Nayef Aguerd, ex-dijonnais, pour accompagner Damien Da Silva dans la charnière centrale. A Daniele Rugani également, la caution « expérience européenne » prêtée par la Juventus FC, malgré sa condition physique déjà problématique à Turin et son manque de temps de jeu. A Dalbert, aussi, prêté par l’Inter Milan; on se souvenait du joueur de Nice, qui avait contribué à leur excellente saison. Si ce joueur-là revenait, Faitout Maouassa aurait un concurrent tout trouvé pour le poste de latéral gauche. Faisons aussi confiance à Serhou Guirassy, ex-amiénois recruté pour 15 millions pour jouer à la pointe de l’attaque, et à Martin Terrier, ex-lyonnais qui vient rebondir à Rennes. Et puis, enfin, faisons confiance à Alfred Gomis, notre nouveau gardien, acheté pour 10 millions. Jusqu’ici, il s’agissait somme toute d’un mercato habituel, avec peut-être un peu plus d’investissement de la part du Stade Rennais, à en juger les sommes dépensées pour chaque joueur.

Puis vint le dernier jour, le fameux deadline day. Les rumeurs qui envoyaient Raphinha, la pépite brésilienne de 23 ans qui commençait à exploser en ce début de saison, à Leeds se firent de plus en plus fortes… jusqu’à être confirmées en fin d’après-midi, par les deux clubs. Dans la foulée, le Stade Rennais recrute le prometteur Jérémy Doku en provenance d’Anderlecht pour 26 millions, le plus gros achat du club breton à ce jour. Mais malgré l’enthousiasme autour de ce gamin (18 ans à peine, déjà sélectionné en équipe A de Belgique), les supporters ont du mal à faire abstraction de l’autre grosse nouvelle de la journée et l’incompréhension règne. On apprend bientôt que Raphinha aurait été vendu pour 17 millions, soit moins que le prix auquel le Stade Rennais l’avait acheté un an plus tôt et les supporters y vont de leur hypothèse pour expliquer cette décision. Avait-on besoin de fonds pour recruter Doku ? Raphinha était-il parti au bras de fer ? Un an plus tard, on ignore toujours les coulisses de cette vente.

Raphinha, manifestement malheureux de signer à Leeds.

L’impasse de trop

Il paraîtrait hasardeux de lier directement le départ de Raphinha, début octobre, à la méforme du Stade Rennais qui survint ensuite. Et pourtant : jusqu’à fin septembre, le club breton enchaîne les victoires en véritable hit de l’été et s’empare même de la première place après un brillant 0-3 à Saint-Étienne. Ensuite, c’est la dégringolade: hormis une victoire 2-1 contre Brest, le Stade Rennais ne gagnera plus un match de Ligue 1 avant le 13 décembre (c. Nice, 0-1). Au-delà de cette première série négative, c’est le jeu du Stade Rennais qui devient soit insipide, soit extrêmement imprécis. Déjà loin de ses combinaisons tranchantes du début de saison, le club breton devient un habitué de la possession stérile et perd des points contre des équipes censées être inférieures (c. Bordeaux, 0-1; c. Dijon, 1-1). Même le match contre un PSG décimé par les blessures et les cas Covid tourne à la déroute (3-0) tant le Stade Rennais multiplie les erreurs défensives.

Quitte à trouver un bouc émissaire, le calendrier paraît tout désigné. Le Stade Rennais a déjà enchaîné des périodes de trois jours entre chaque match, mais l’intensité que requièrent les matchs de Ligue des Champions sape l’énergie de l’équipe… ainsi que son mental. Sur le seul match qu’il parvient à dominer, le club breton n’est pas assez efficace devant le but et ne prend qu’un point à domicile contre Krasnodar (1-1), club russe également vierge de toute participation en C1. Même lors du match retour, qui aurait dû servir de finale pour une 3e place synonyme de reversement en Europa League, les Rennais n’y arrivent pas et s’inclinent cette fois par la plus petite des marges (1-0). Et c’est bien là la plus grosse déception de cette campagne de Ligue des Champions. Car si médias et consultants s’emballaient jusqu’à voir le Stade Rennais sortir de sa poule, les supporters, eux, demeuraient pour la plupart lucides et se seraient volontiers contentés d’être compétitifs (et de terminer 3e). Que le Stade Rennais bute face au FC Séville, multiple vainqueur de l’Europa League (1-0, 1-3), ou face au Chelsea FC (3-0, 1-2), futur vainqueur de cette édition, n’était pas vraiment une surprise. C’est la manière qui frustra les joueurs comme les supporters: cette incapacité de profiter de cette opportunité d’avoir un adversaire à notre portée, Krasnodar, d’en avoir tenu un autre en respect (Chelsea) et d’avoir été entravé soit par des décisions arbitrales scandaleuses soit par une passe en retrait de Clément Grenier à la dernière minute, d’avoir quasiment axé toute sa préparation et son recrutement sur ces matchs-là et de finalement rentrer bredouilles, avec un seul point dans la besace. C’est peu de le dire: pour sa première participation en Ligue des Champions, le Stade Rennais a fait de la figuration et, à l’heure du bilan, ces six prestations ternissent largement le bilan d’une saison annoncée comme ambitieuse.

Hamari Traoré au coude-à-coude avec Timo Werner, lors de Chelsea FC – Stade Rennais FC. (3-0)

Mais en décembre, comme d’habitude dans la maison Stéphan, le train repart et sort de l’impasse. Le Stade Rennais brille à nouveau, revigoré par un stage à Marbella, et enchaîne sept matchs sans défaite jusqu’à la réception de Lille en janvier (0-1), alors à la lutte avec le Paris Saint-Germain. Alors que certaines recrues semblent enfin prendre leurs marques, le Stade Rennais affiche de nouveau un visage prometteur, alors que le club paraît, à la trêve, être dans le bon wagon pour rêver d’une nouvelle qualification en Ligue des Champions. Parfaite illustration de cette première partie de saison, le match contre l’Olympique Lyonnais (2-2), durant lequel les hommes de Julien Stéphan réalisent l’une de leurs prestations les plus abouties de la saison et mènent 2-0 avant de se faire rejoindre au score en fin de partie sur… une erreur défensive. Irrégulier dans ses performances, le Stade Rennais va de nouveau s’embourber dans une impasse qui s’éternisera jusqu’en mars. Mais cette fois-ci, il semble que c’est l’impasse de trop: peu importe les changements de composition ou de dispositif, le Stade Rennais continue de perdre et Julien Stéphan semble à court de leviers à actionner pour relancer l’équipe. L’équipe enchaînera six défaites toutes compétitions confondues (dont une élimination 2-1 par Angers en 32e de finales) avant que le coach ne prenne la courageuse décision de démissionner, considérant qu’il ne pouvait plus rien apporter à cette équipe.

Julien Stéphan walked so that Bruno Génésio could run

Le mois de mars fut donc particulièrement chaotique pour les supporters rennais. Même si Julien Stéphan commençait à être pointé du doigt pour les résultats catastrophiques du Stade Rennais et pour l’éloignement des places qualificatives pour l’Europe, il restait Julien Stéphan: l’homme de l’épopée européenne en 2019, l’homme de la finale contre le PSG, l’homme qui avait plus que quiconque incarné la dynamique nouvelle du Stade Rennais, et par conséquent, il était plus difficile de lui dire « Dehors ». C’est pourquoi son geste paraît d’autant plus noble et respectable: là où certains coachs auraient attendu le chèque de leur licenciement, quitte à enfoncer davantage le club dans la crise, il a pris ses responsabilités assez tôt pour permettre au club de prendre quelqu’un qui serait davantage capable de mener le Stade Rennais vers les objectifs qu’il s’était fixés.

L’Homme.

Chez la plupart des supporters rennais, à ce moment-là, c’est crise existentielle et dépression au menu. Le simple fait d’imaginer un « après-Stéphan » donne des crampes à l’estomac, d’autant plus alors que le nom qui revient le plus souvent est celui de l’ex-Lyonnais Bruno Génésio, qui avait la réputation d’être particulièrement détesté par les supporters rhodaniens. D’autres rumeurs annoncent Lucien Favre ou même Arsène Wenger, mais elles sont rapidement écourtées par l’officialisation du Stade Rennais: Bruno Génésio est le nouvel entraîneur du Stade Rennais. Les supporters sont circonspects mais prêts à lui laisser sa chance pour atteindre un objectif: la qualification en Europa League. A dix journées de la fin, le Stade Rennais est alors à la lutte avec Marseille, Lens, Montpellier et Metz pour une 5e place qui s’annonce extrêmement disputée.

Finalement, l’hypothèse qui voulait que les joueurs du Stade Rennais aient avant tout besoin d’un électrochoc psychologique est celle qui se vérifie le plus. Si le club breton s’incline 1-0 contre l’Olympique de Marseille pour la première de Génésio (lors d’un match reporté suite aux événements de la Commanderie, le Stade Rennais ayant gracieusement accepté de repousser la rencontre), il retrouvera par la suite une dynamique qui, sans être brillante, sera assez efficace pour engranger les points nécessaires à la course à l’Europe. Une victoire 3-1 à Metz, une victoire 3-0 à Angers et même 5-1 contre Dijon suffisent pour que les supporters fassent confiance à Génésio pour les emmener en Europa League, d’autant que Jérémy Doku, percutant mais timide devant le but pendant la majorité de la saison, semble enfin être décisif. Même défensivement, le Stade Rennais semble être plus serein et le retour de Damien Da Silva, après une mise à l’écart suite à plusieurs performances médiocres, est bénéfique pour toute l’équipe, notamment contre le Paris Saint-Germain (1-1). Sur la fin de saison, le Stade Rennais arrache finalement une 6e place synonyme de Conference League, la toute nouvelle C4 créée par l’UEFA, grâce à un gros coup d’arrêt du RC Lens, non sans s’être fait peur contre Bordeaux (défaite 1-0 après avoir passé 80 minutes à 10 contre 11 sur une décision discutable de l’arbitre) le Paris Saint-Germain (le pénalty de Neymar fut particulièrement généreux) ou encore Monaco (défaite 2-1, performance moyenne de l’équipe). Mais au bout du compte, peu importe ces résultats, puisque l’essentiel est au bout: le Stade Rennais a réussi son pari Génésio et parvient à se qualifier en Coupe d’Europe pour la 4e saison de suite.

Le Stade Rennais arrache la qualification en Conference League lors de la dernière journée.

L’irrégularité, symptôme de la jeunesse ?

Le constat le plus juste à faire sur cette saison, et même sur cette période, est que l’essentiel est sauvé. En 2020/2021, le Stade Rennais fut irrégulier, souvent frustrant, parfois brillant. Les choix faits lors du mercato ambitieux furent parfois sources d’incompréhension; sur les réseaux, on s’est moqué des 28 matchs de Jérémy Doku sans marquer, des lacunes techniques de Serhou Guirassy. On s’est parfois demandé où était passé Casper Terrier ou pourquoi Alfred Gomis jouait avec les mêmes chaussures que Giovanni Sio. On a rouspété sur un tacle trop gentil de Nayef Aguerd qui offre le 1-0 à l’Olympique Lyonnais. Mais, à des degrés différents, tous ont également eu leur rôle à jouer cette année: les arrêts de Gomis contre Lens, les bonnes dynamiques de Terrier et Doku après l’arrivée de Génésio, les 13 buts de Guirassy – le meilleur total du club cette saison – ou encore les quelques matchs solides délivrés par Aguerd. En fait, le bilan de ces recrues est assez facile à faire au terme de cette saison: aucun de ces joueurs n’est à franchement parler une déception ou un mauvais joueur. Mais ils sont tous des joueurs qui n’avaient pas les qualités requises pour faire franchir ce fameux palier au Stade Rennais.

Mais après tout, on ne peut pas éternellement se reposer sur les recrues. Dans une équipe, il y a des cadres, et ces cadres ont emmené l’équipe en Ligue des Champions. Alors pourquoi échoueraient-ils à la pousser une année de plus dans la bonne direction ? Et c’est là que le bât blesse. Peut-être était-ce une conséquence de cette absence de contact avec les supporters, qui auraient pu leur intimer – mais gentiment – de se ressaisir, notamment durant des périodes de vaches maigres comme en octobre ou en février. Mais hormis Benjamin Bourigeaud après une énième déroute contre Lens (0-2), aucune réaction ne semblait émaner du club. Julien Stéphan parlait de leviers à actionner; assez pour que cette histoire de leviers soit rapidement tournée en dérision par les suiveurs du club. Et avant l’arrivée de Bruno Génésio, cette impuissance, cette incapacité à trouver les bons leviers, fut largement visible, et à de nombreuses reprises. Sur la première partie de la saison, les prestations indigentes du Stade Rennais ne donnent jamais satisfaction à personne, même lorsqu’elles donnent miraculeusement lieu à une victoire. Eduardo Camavinga était encore un peu jeune pour être considéré comme un cadre, mais où étaient les Steven Nzonzi, les Hamari Traoré, les Damien Da Silva et même les Romain Salin ? Parmi ceux qui avaient participé à la bonne saison 2019/2020, il y avait aussi Raphinha, le désormais joueur de Leeds: était-ce une si bonne idée de le vendre (pour si peu) alors que de si grandes échéances arrivaient pour le club ? Alors que cette saison aurait dû être un nouveau tournant dans l’histoire du club, les supporters ont trop souvent eu l’impression d’assister à « une saison de plus », à l’ancienne, avec des séries de victoires puis de défaites et surtout un fond de jeu anecdotique, tenu à bout de bras par une bonne combinaison hasardeuse ou un exploit personnel. Cette absence de cadres explique aussi certainement la débâcle en Ligue des Champions: quand la caution « expérience européenne » du Stade Rennais était Daniele Rugani – blessé après un match et quart, reparti en janvier à Cagliari – fallait-il s’attendre à mieux ?

Il faut s’y faire: cette saison du Stade Rennais était placée sous le signe de l’irrégularité. Au moment d’élire un « joueur de la saison », les débats se révèlent d’ailleurs très timorés, tant peu de joueurs sortent du lot, et tant, parmi ceux-là, on pourrait leur reprocher d’autres matchs où ils ont particulièrement été absents ou inefficaces. Si Nayef Aguerd ou Steven Nzonzi pourraient être considérés comme de timides prétendants à ce titre honorifique, un autre, plus inattendu, le mériterait tout autant au vu de ses performances depuis l’arrivée de Génésio: Flavien Tait. Le milieu de terrain a en effet montré qu’il marchait à la confiance et que, quand il en avait, il était capable de porter l’équipe, et ce fut notamment le cas contre le Paris Saint-Germain où il aurait pu inscrire plusieurs buts sans un Keylor Navas des grands soirs.

Et puis enfin, il y a les jeunes. Malgré la jurisprudence Camavinga, il n’était pas prévu de compter sur eux pour les gros matchs, mais un joueur qui tirerait son épingle du jeu pouvait s’installer dans la rotation. Adrien Truffert, non content de réaliser une passe décisive et de marquer un but pour son premier match contre Monaco, fit mieux que cela, puisqu’il finit par pousser Faitout Maouassa sur le banc et par faire oublier l’existence de Dalbert. Loin d’être transcendant, il remplit largement son rôle sur le côté gauche, tant offensivement que défensivement. Les supporters crurent un moment que Brandon Soppy allait suivre la même voie, mais après de bonnes prestations en début de saison, il ne fit que de rares entrées. Guirassy offrit un penalty à Georginio Rutter en Ligue des Champions contre Séville, qu’il transforma; mais le joueur décida de poursuivre sa progression au TSG Hoffenheim. Bruno Génésio, lui, offrit leurs premières minutes en Ligue 1 à Matthis Abline et à Andy Diouf, et surtout à Lesley Ugochukwu, qui fut même titularisé contre le Paris Saint-Germain et délivra soixante minutes plus qu’honnêtes pour un garnement de dix-sept ans.

Lesley Ugochukwu (à droite) tint en respect l’intermittent brésilien du PSG Neymar durant soixante minutes.

Mention « Peut mieux faire »

Que le Stade Rennais retourne une quatrième fois d’affilée en Europe est sans aucun doute possible un motif de satisfaction, car sous Julien Stéphan comme sous Bruno Génésio, rien ne garantissait le club de retrouver à nouveau l’Europe, peu importe les ambitions affichées. Ainsi, même si c’est par la petite porte, on peut au moins affirmer que cet objectif-là a été rempli et que par conséquent on peut difficilement parler d’une saison ratée.

Mais si ce bilan de la saison du Stade Rennais est aussi long, c’est aussi parce que nous avons pris le temps de développer les circonstances particulières de cette année. Ainsi, dans une certaine mesure, peut-on réellement en vouloir aux joueurs, contraints à jouer trente-huit matchs dans des stades vides ? Peut-on en vouloir au staff dont la pierre angulaire fut changée en mars ? Peut-on vouloir à la direction, qui a dû composer dans un contexte économique très particulier et qui, malgré tout, a cherché à être audacieux dans son recrutement ? Peu importe la conclusion que l’on fait de cette saison, ces circonstances doivent être gardées en tête, car elles sont d’indubitables raisons de relativiser quant à la réussite sportive du Stade Rennais, alors que le monde entier souffrait de cette pandémie.

Pour toute mitigée qu’elle fut, le club est parvenu à obtenir quelque chose de cette saison, et à défaut d’avoir diverti les supporters cette année, elle peut être de bonne augure pour la suite. Alors que la situation sanitaire semble s’éclaircir, le Stade Rennais semble dans la même position qu’il y a un an, la Ligue des Champions en moins: une équipe irrégulière mais qui a montré de belles choses avec des éléments qui sont montés en puissance au fur et à mesure de la saison. Au club breton de ne pas répéter les erreurs du passé, en choisissant par exemple de refourguer Jérémy Doku au premier club anglais venu, de brader Eduardo Camavinga au PSG ou encore de négliger, une saison de plus, le chantier de la défense. Par ailleurs, si ne pas jouer la Ligue des Champions ressemble à un affaiblissement en tant que le club aura encore plus de difficultés à attirer des joueurs, cela peut aussi permettre de relâcher la pression et de se construire plus sereinement. Sans l’exigence d’un palier à franchir au tournant, le club aura plus de marge de manœuvre; en gros, il aura moins à perdre. A lui de profiter d’avoir les cartes en main pour faire oublier aux supporters cette parenthèse moins enchantée que fut la période Covid et pour leur faire retrouver des frissons aux saveurs d’Europe et de succès.

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